Cycle du Mandarin Tän

[1] Le juge Ti était sérieux, voire ennuyeux, mais son confucianisme étriqué possédait quelques jolies failles (face aux taoïstes,
face aux femmes entreprenantes, par devoir d'amitié, etc.) qui le rendait passionnant. Surtout, van Gulik avait construit
des caractères secondaires forts et à l'opposé du juge (Ma Jong et surtout Tsao Taï) sur lesquels reposait le comique,
la sexualité accomplie, etc., bref tout ce que le juge ne pouvait avoir et qui adoucissait son côté revêche.
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Les enquêtes du mandarin Tân
Tân et Dinh mettent à profit de nouvelles vacances pour un retour au pays natal du mandarin, dans la zone contrôlée par
le clan Nguyen. L'occasion de revenir sur des morts anciennes, des morts récentes, une brouille entre un père et
son fils et, enfin, de déjouer un complot politique de la plus grande importance. Tout ceci alors qu'un redoutable esprit
femelle rôde...
Sur le chemin du retour vers le Nord, Tân et Dinh s'arrêtent dans le port de Faifo. Après avoir sauvé la vie d'une femme mystérieuse,
Tân doit établir l'innocence de son ami Dinh, jeté au cachot pour le meurtre d'une tenancière de cabaret à la famille suspecte. Enquêtant incognito,
il va mettre à jour un drôle de trafic et le complot ourdi par un ancien militaire...
Il semble que Thanh-Van soit désormais seule aux commandes des destinées du mandarin, Kim ayant choisi d'écrire des romans d'aventures pour
adolescents. Pourtant, c'est tout à fait à ce genre de littérature que me fait penser de plus en plus cette série.
Des livres d'aventures où les motifs commencent quand même à se répéter bigrement d'un volume à l'autre : une bagarre pieds-poings (mettant si possible en valeur
les qualités athlétiques de Tân), une mort étrange via un poison peu habituel (ou une bizarrerie possible de la nature comme dans
L'aile d'Airain), une
femme mystérieuse légèrement plus âgée que lui et dont le mandarin va tomber amoureux (avec ou non concrétisation), un combat final ou un art martial
particulier va mettre en péril la vie de Tân, le sauvetage du régime impérial d'un terrible complot, etc.
Le plus gênant, dans cet univers devenu formaté, c'est le côté finalement très creux des personnages. En l'absence du docteur Porc, excessif mais
haut en couleurs, la nature chouineuse et chichiteuse de Dinh - outre qu'elle est à présent sans surprise - peut lasser. Quand à notre mandarin,
même confronté à sa jeunesse et à son opposition au père (
L'aile d'airain), il reste sérieux, prévisible et - du même coup - plutôt fade [1]. Enfin, la "réalité historique" de la période - beaucoup plus présente que dans les trois premiers romans - nous
est délivrée via des morceaux de bravoure, largement rétrospectifs : discours prémonitoires de l'un où l'autre des héros,
cours de géopolitique régionale donné, dans
L'esprit de la renarde, par un très vieux moine bouddhiste dont on
se demande d'où il tient tant de savoir et où un simple roñin vous explique avec forces détails les effets politiques et commerciaux nés de
l'instauration du bakufu d'Edo. Tout ceci manque de fluidité et de naturel.
L'aile d'airain est plaisant à lire, même si la ruralité qui nous est donnée à voir fait très factice. Rien ne
sauve à mon sens
L'esprit de la renarde, coupable de tous les stéréotypes et facilités d'écriture relevés ici.