Cycle du Mandarin Tän

[1] Une illustration très simple de ceci peut
être trouvée dans la jolie nouvelle criminelle de Okamoto Kidô Meurtres à la lance extraite du recueil
Fantômes et Kimonos publié chez le même Philippe Picquier, qui oppose le point de vue superstitieux de la foule avec
la démarche rationnelle de l'enquêteur.
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Les enquêtes du mandarin Tân
Tän et Dinh se rendent à la capitale aux fins de reconstituer les archives de leur
préfecture et font le voyage de conserve avec le Dr Porc qui se rend à un congrès médical. Ils vont très vite
se retrouver au cœur de plusieurs affaires impliquant un mystérieux tueur en série, un prince
fou de douleur et l'ombre de son fils assassiné.
D'apparence agréable, cette aventure du mandarin Tân cristallise pourtant tous les défauts relevés dans mon introduction. Les sœurs
Tran-Nhut veulent absolument faire de leur héros un rural superstitieux (souligné par l'histoire plutôt pesante du congrès médical)
et un
logicien capable de démasquer les plus sombres machinations humaines. Or on ne peut, ce me semble, être les deux à la fois : croire en des causalités extérieures
magiques et démoniaques pour toutes choses (superstition) et être capable d'analyser rationnellement une situation criminelle et n'y voir qu'un effet de
causalités humaines [1].
Pour astucieux qu'il puisse paraître, le motif du tueur en série rituélique, très "feng shui", est terriblement moderne, incompatible avec l'esprit confucéen qui devrait être celui de son
auteur et, surtout, tout à fait délirant pour qui connait un peu la fonction sacrificielle comme principe du retour à l'ordre.
Pas assez naïf, il ne m'est donc resté que des ambiances, souvent très artificielles. C'est peu...
Un bateau poussé au naufrage, des stèles funéraires disparaissant des cimetières, un comte mystérieusement
assassiné, deux très jolies femmes qui font chavirer son coeur et un jésuite au comportement étrange. Le mandarin Tân,
toujours assisté par le lettré Dinh et le docteur Porc, va de nouveau avoir fort à faire...

La séquence d'ouverture, qui voit la flotille de morts-vivants partir à l'abordage de la jonque, est tout à fait réussie et donne le ton à
ce roman d'aventures, plus que roman criminel, qui est pour moi le meilleur livre de la série.
Le respect (ou l'amitié naissante) entre le jésuite épris d'Orient et
le mandarin curieux d'Occident permet de glisser de façon presque naturelle les différents éléments historiques liés aux débuts de la pénétration chrétienne. Le combat patriotique
de Madame Anconit contre le pillage de son pays apparaît cependant bien moderne et peut à nouveau contrarier les efforts faits pour placer le lecteur dans
des temps reculés. Y est toutefois tracé le portrait d'une femme libre, autonome et volontaire (une telle condition féminine était-elle possible il y a quatre siècles ?) qui plaira sans doute aux très nombreuses lectrices des soeurs Tran-Nhut.
Egalement dotée d'une héroïne déterminée et indépendante, l'histoire du comte Diem met encore une fois à contribution les aspirations taoïstes à l'immortalité. Mais le long combat final entre le meutrier et le mandarin - sorte de figure obligée
d'un certain exotisme asiatique - m'a semblé de trop.
Tran-Nhut - Les enquêtes du mandarin Tân page 3 >
Illustration de cette page : Jonque