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Tran-Nhut Kim et Thanh-Van

Les enquêtes du mandarin Tân polar vietnam

Il est dit que les sœurs Trahn-Nhut s'inspirèrent d'un aïeul maternel ayant occupé cette fonction pour créer le personnage du mandarin Tân. Né dans un milieu paysan, leur héros doit à son travail et son abnégation d'avoir pu s'élever dans la hiérarchie sociale du Dai Viêt.

Tran-Nhut Le mandarin Tân Ce côté campagnard ne disparait pas sous les devoirs de sa charge et la formation confucianiste qui a été la sienne pour pouvoir réussir aux examens triennaux. Décrit comme un "géant" par les auteurs, le mandarin - grand amateur de femmes, expert de ses poings et gros mangeur - reste proche du petit peuple dont il est issu et très influencé par ses superstitions (ce qui peut poser problème - nous le verrons - pour la crédibilité du personnage).

Ce caractère rustre et un peu frustre rend intéressante à ses côtés la présence du lettré Dinh : homosexuel et cultivé, individualiste et délicat, il est tout ce que n'est pas son ami Tân, apportant au tandem un côté drôle, décalé et parfois même extrêmement caustique. Ajoutons à ce duo des opposés, finalement assez classique, le personnage infatué et grotesque du docteur Porc, qui fait office de médecin légiste auprès du mandarin.

L'action de ces enquêtes policières se situe au début du 17ème siècle, une époque charnière pour le peuple Viêt, déjà partagé entre un Nord et un Sud qui ne tarderont pas à s'affronter dans une guerre civile. Fonctionnaire impérial nouvellement issu des examens triennaux, le jeune Tân doit sa fidélité au Nord, à l'empereur Lê et au chef de guerre Trihn alors qu'il est originaire du Sud (c'est-à-dire le centre de l'actuel Viêt Nam, approximativement Huê, là où se trouvait le royaume de Champâ), tenu désormais par le clan Nguyen. C'est sous l'autorité des chefs successifs de ce clan que sera conquis la partie méridionale du pays actuel (sur les Khmers) et unifié ensuite le pays des Viêts. Le roman L'aile d'airain est celui qui aborde le plus clairement cette situation politique tandis La poudre noire de Maître Hou évoque le début de la pénétration occidentale dans la péninsule. Mais tout ceci reste traité de façon plutôt allusive par les deux soeurs.

En fait, Les enquêtes du mandarin Tân sont plus folkloriques qu'historiques. La couleur locale et le dépaysement sont surtout obtenus par recours à des vieilles légendes, croyances, superstitions et à de pittoresques scènes de la vie quotidienne dans lesquelles la nourriture et les fréquentes allusions sexuelles tiennent une place importante. Dans ce cycle romanesque, l'exotisme des ambiances recréées contribue à l'immersion et au plaisir du lecteur. Tran-Nhut Le mandarin Tân

Les enquêtes du mandarin Tân souffrent cependant de défauts qui peuvent plus ou moins affecter ce plaisir. La proximité thématique avec un grand cycle policier, celui de Robert van Gulik et de son Juge Ti [1] est le plus évident.

Même si nous ne sommes ni à la même époque, ni dans le même pays, l'influence culturelle de la Chine, durant le millénaire qu'a duré l'occupation, a laissé des empreintes profondes dans les modes de pensée et de vie du Dai-Viêt. Dès lors, si l'on connaît bien l'œuvre du Hollandais, qui savait traiter en parfait érudit mais également en élégant romancier tout ceci, on peut n'être guère surpris - et donc séduit - par ce que l'on trouve ici.

D'autant que le personnage de Tân semble avoir été construit par les deux sœurs en inversant tout simplement certains traits qui caractérisaient le juge Ti : le père de ce dernier faisait partie des classes supérieures, celui du mandarin sera paysan. Van Gulik nous montrait son magistrat travailleur, harassé de tâches en plus de ses enquêtes alors que les Tran-Nhut nous livrent un fonctionnaire plutôt nonchalant, qui semble disposer d'un temps infini pour ses enquêtes, toujours en ballade et pouvant quitter sa préfecture quand bon lui semble. Ti, en bon confucéen, possèdait déjà deux épouses, avait assuré sa descendance et ne croyait pas au surnaturel pendant que Tân est célibataire, volage et pétri de superstition... c'est dire s'il est éloigné de l'enseignement de maître Kong. Avec ces inversions, on en arrive au portrait d'un Tân plus chevalier des rivières et des lacs que magistrat - après tout, pourquoi pas ? - mais qui manque cruellement d'épaisseur sociale, de personnalité et de crédibilité (comme fonctionnaire impérial).

Le défaut suivant me semble propre à ce genre historique/folklorique en pleine expansion dans le domaine policier. Il s'agit de la trop grande modernité des personnages et/ou des situations, au risque d'un anachronisme plus ou moins supportable. C'est un piège qu'avait assez bien su éviter Robert van Gulik - collant son récit à de véritables et anciens affaires criminelles tout en modernisant et adaptant son style aux exigences de lecteurs contemporains -, très certainement aidé par sa formidable érudition, sa parfaite connaissance des formes littéraires chinoises et le fait, comme le soulignait van Wettering, qu'il était lui-même, quelque part, le juge Ti. Cette osmose, si elle a été tentée, n'est jamais atteinte dans ces aventures du mandarin Tân. (Paris, décembre 2007)

Le temple de la Grue écarlate (1999) Tran-Nhut Le temple de la grue écarlate

Distingué par l'empereur à la sortie des examens triennaux, le jeune Tân, accompagné de son condisciple Dinh, rejoint son premier poste de mandarin civil dans la province de Haute Lumière, au nord du pays. Dès son arrivée, il est confronté à des meurtres touchant des enfants handicapés qui sont liés à un temple bouddhiste, dont la réputation sulfureuse met en émoi une partie de ses administrés.

C'est un premier livre sympathique mais plutôt brouillon, où les personnalités des différents héros peinent à s'affirmer dans un dédale de saynètes et personnages secondaires pas toujours utiles à l'histoire. Cette profusion caractérisera d'ailleurs les prochains romans du cycle. Les soeurs Tran-Nhut ont largement puisé dans le merveilleux La vie sexuelle dans la Chine ancienne [2] tout ce qui concerne le taoïsme et la quête alchimiste de certains de ses courants. Le mystère tricoté à partir de cette matière est plutôt agréable à lire et les Rejets de l'Arbre Nain renvoient à une réalité - le mercure de Minamata ou les substances tératogènes déversées par les Américains sur le Viêt-Nam - horriblement contemporaine.


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Illustrations de cette page : Un mandarin provincial au XIXème siècle • Paysans viêts