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Gunnar Staalesen
Les enquêtes de Varg Veum (suite)
Désœuvré et désargenté, Varg Veum accepte une bien étrange affaire d'un bien curieux client, âgé de huit ans : récupérer
son vélo volé par une bande d'adolescents d'une cité perdue dans la grande banlieue de Bergen. Petite cause pour grands effets...
La nature et l'importance de l'affaire proposée à Varg Veum par le jeune Roar semble bien être un pied de nez de notre auteur à un certain genre de
littérature policière. Désormais, même quand il abordera un tueur multiple (in
Anges déchus), Gunnar Staalesen ne quittera plus le périmètre étroit du quotidien, du banal,
de l'intime, là où se jouent, pour lui, les drames présents et futurs.
En exilant son enquête dans une lointaine et cafardeuse banlieue de Bergen, au milieu de ces tours d'habitation où personne ne
connaît personne, parmi des familles où les liens se désagrègent ou sont déjà morts,
Gunnar Staalesen s'engage dans la critique sociale d'une Norvège entre ancien et nouveau.
L'ancien, c'est le monde des pères, des
pères terribles [1] devrait-on dire,
replié sur des communautés farouches, pauvres, corsetées dans des valeurs morales
chrétiennes autoritaires
mais partagées, aliénatrices
mais signifiantes [2].
Tout au long de son œuvre et sans nostalgie, Gunnar Staalesen y fera référence parce que, à ses yeux,
le passage à la modernité, opéré en quelques décennies par la société norvégienne, s'est fait sans remplacer
la cohésion et la cohérence qu'offrait ce temps là. On ne fera qu'entrevoir le nouveau monde, vaste, flou, incertain,
fait d'une liberté et d'une autonomie des êtres dont il n'est pas certifié qu'elles soient voulues, désirées et acceptées par eux.
Pour l'instant, c'est dans la fracture entre ces deux mondes que se situent le sens et donc les personnages de ce roman.
Comme l'indique clairement son titre,
Pour le meilleur et pour le pire est aussi une réflexion sur l'amour, le couple et
ses responsabilités. En résonance avec le divorce de Varg, Staalesen s'attache à ces solitudes de femmes en commençant par Wenche Andresen et ses
rigidités mentales, incarnation de l'ancien coincé dans le nouveau. Puis, Hildur Pedersen et sa fuite alcoolique et enfin Solveig, cette incarnation du nouveau coincé dans
l'ancien, bel oiseau aux ailes volontairement coupées, amoureuse de l'amour qui entend préserver le futur de sa famille.
Mais il montre surtout le prix exorbitant que paye, pour ces errements individualistes et égoïstes, la génération suivante. L'enfance
sacrifiée sera un thème redondant de l'œuvre.

Varg Veum, totalement mis à nu lors de sa première confrontation avec Gunner Våge, ne peut qu'abandonner la dérision qui était la sienne
dans
Le loup dans la bergerie. Il ressemble à tous ceux qu'il croise ici, déglingué, fêlé, vide de tant d'amour à recevoir et à
donner qu'il en perd même son jugement, au prix de la mort d'un adolescent.
Sur cette scène grise, triste et dépouillée, Gunnar Staalesen nous donne à voir
les trajectoires exactes de la violence, celle des histoires individuelles, des coups donnés et reçus,
des meurtres et des mensonges. Celle enfin de l'oubli, nécessaire pour continuer
de vivre. Un livre-étape important pour qui veut mieux comprendre le personnage complexe
de l'enquêteur bergenois.
Gunnar Staalesen - Les
enquêtes de Varg Veum Page 4 >
Illustration de cette page : Mariage • Rue de Nordnes
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Vivre libre de Catherine Ribeiro (1995).