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Maj Sjöwall & Per Wahlöö - Le roman d'un crime

Les enquêtes du commissaire Beck (suite)

L'abominable homme de Säffle (1972) Sjöwall et Wahlöö L'abominable homme de Säffle

Entré à l'hôpital alors qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre, le commissaire Nyman y est sauvagement assassiné à l'aide d'une baïonnette. C'est sans enthousiasme que commence l'enquête car la victime n'était pas un policier très apprécié des membres de la Brigade criminelle. Ancien militaire ayant eu Kollberg sous ses ordres, il fit principalement sa carrière dans le maintien de l'ordre. Beck découvre peu à peu le portrait d'un homme rigide dans ses certitudes, aux pulsions sadiques savamment utilisées par l'appareil d'état et dont les agissements violents furent toujours couverts par ce "satané esprit de corps". L'arrestation de son meurtrier ne se fera pas sans mal car Nyman n'était que le premier sur une liste qui comprend, également, le nom de Beck. Sjöwall et Wahlöö

C'est un livre âpre, sévère, sans aucune fioriture ni effet inutile. Un livre lourd, pesant, à l'image de ce qu'il entend dénoncer : les pratiques policières et les violences commises au nom d'un Etat de droit et/ou couvertes au nom d'un corporatisme ignorant le peuple qu'il doit pourtant servir. Nyman n'est pas seulement un rouage indispensable dans le système répressif de l'appareil d'Etat, il est surtout celui qui est prêt à éliminer, de son propre chef, ceux qu'il pense être des déviants à la norme fixée, c'est-à-dire tous ceux que le modèle suédois rejette à ses marges, en nombre toujours croissant et qui peuplent tout Le roman d'un crime : vieux et pauvres (l'image de personnes mangeant de la nourriture pour animaux pour survivre est récurrente dans tout le cycle), étrangers, chômeurs, alcooliques, drogués, etc.

C'est pourquoi Martin Beck, le commissaire qui n'aime pas parler de politique mais dont les actes et réflexions sont toujours politiques, choisit d'affronter le meurtrier et sa propre mort comme un pardon demandé à ceux que cette machine policière fait et fera souffrir et dont il fait, et fera malgré tout, partie. Une réussite totale.

Voir également la chronique consacrée sur ce site à Mannen på taket (Un flic sur le toit), adaptation cinématographique du roman réalisée en 1976 par Bo Widerberg.

La chambre close (1973) Sjöwall et Wahlöö La chambre close

Une personne portant perruque de femme et large chapeau s'attaque à une banque et disparaît dans la nature, non sans avoir préalablement tué un client. Bille en tête, la brigade anti-gangs voit dans ce hold-up la préparation d'un coup bien plus important qu'envisageraient de monter deux truands chevronnés évadés de prison. Un peu avant, autre part à Stockholm, était découvert le corps d'un vieil homme pauvre, enfermé dans une pièce close et mort d'une balle dans le ventre. Tout le monde serait prêt à conclure au suicide sauf Martin qui se demande bien où est passé le pistolet ? Quand enfin celui-ci est retrouvé, on s'aperçoit qu'il a servi non seulement à tuer l'homme de la pièce close mais également celui de la banque...

La fin totalement amorale (et, pour certains, jubilatoire) de ce roman ne doit pas faire oublier que les systèmes policier et judiciaire sont ici entièrement mis en échec, ce qui est la pire chose qui puisse arriver à une démocratie. L'arrogance de Bulldozer Olsson, les préjugés et certitudes de sa brigade anti-gangs ne leur permettront pas d'empêcher le "gros coup" et les quelques cadavres qui l'accompagnent. Et si le coupable de la chambre close est finalement jugé, ce sera pour un meurtre qu'il n'a pas commis... Le roman marque un peu plus encore la disparition d'une certaine ville, d'une certaine vie, de la solidarité qui unissait les hommes, de l'intérêt même que l'on portait naguère à son prochain.

Deux très beaux portraits de femme, chacune luttant à sa manière pour survivre dans ce monde. On retient plus celui de Rhea Nielsen puisque nous allons suivre la très belle histoire d'amour qui va la lier au policier. Sous le coup de cette rencontre et comme l'accomplissement naturel d'une évolution que nous observons depuis le début du cycle, la conscience de Martin Beck va s'éveiller - ou plutôt se révéler - au monde et c'est ce qui rend tout à fait passionnante cette Chambre close. Pudique et maladroite, cette alliance fragile des contraires va atténuer le changement de ton du récit, désormais beaucoup plus noir et pessimiste.


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Illustration de cette page : Violences policières à Göteborg