Maj Sjöwall et Per Wahlöö - Le roman d'un crime
Les enquêtes du commissaire Beck (suite)L'homme qui partit en
fumée (1966) 
Suite à la disparition du journaliste Alf Matsson à Budapest, Martin
Beck interrompt ses vacances dans les îles pour partir à sa
recherche. Après une enquête auprès des relations du disparu dans la
torpeur estivale de Stockholm, il gagne les rives du Danube sans
l'ombre d'une piste. Avec patience et abnégation, aidé par ses
collaborateurs à Stockholm et par la police locale, il percera le
mystère des nombreux déplacements de Matsson au delà le Rideau de
fer. Mais c'est de retour en Suède qu'il apprendra qui était
véritablement le disparu et quels furent ces derniers
moments.L'enquête paraîtra à beaucoup assez peu intéressante mais c'est dans ce roman que s'amorce réellement la critique sociale qui dominera tout le cycle. Un portrait finalement peu flatteur nous est fait des connivences entre la presse et le pouvoir politique, Beck formulant également certains doutes sur la qualité et les compétences d'autres services gouvernementaux. Il le fait avec cette nonchalance presque résignée, avec cette lenteur pesante qui le fait tant ressembler au héros de Simenon. Et là où le rédacteur en chef d'un grand journal voit la disparition énigmatique d'un spécialiste des questions de l'Europe de l'Est, Beck trouve rapidement celle d'un médiocre journaliste mais vraie crapule, comme s'il suffisait de gratter légèrement la surface des choses pour voir de quoi elles sont faites. Ce sera, effectivement, le programme de ce Roman d'un crime.
L'homme au
balcon (1967) 
Par une chaleur caniculaire, des citadins sont agressés et des
fillettes violées et assassinées dans des parcs de Stockholm. Après
avoir envisagé qu'il s'agisse du même homme, l'équipe de Beck voit en
l'agresseur l'un des deux seuls témoins des meurtres, le deuxième
étant en un garçonnet de trois ans. Après l'arrestation musclée du
premier, les enquêteurs obtiendront un vague signalement du sadique.
Les zozotements du second donneront à Martin quelques indications
mais lui permettront surtout d'entrer en possession d'un indice
capital. Tous les éléments se mettront alors progressivement en place
jusqu'à la traque finale.La séquence d'ouverture du roman est extraordinaire. De longues pages banales décrivant un homme ordinaire, ses habitudes, ses étranges rituels... Tout ceci est triste, morne, terne mais, subitement, le regard trouve sa proie. En deux lignes, intense, brûlant, ce regard que nous sommes libres d'imaginer fou, possédé, implacable, froid, transfigure cet anonyme grisâtre en prédateur. Et, parce qu'il était l'un d'entre-nous quelques instants auparavant, il n'en est que plus effrayant et destructeur.
Il s'agit d'un sujet grave,
encore peu abordé à cette époque, et d'une enquête plutôt difficile.
L'homme au balcon est un roman de la contingence : c'est parce
que Larsson n'a pas pris au sérieux le coup de téléphone d'une
vieille femme, au tout début du roman, que l'homme a pu passer à
l'acte et tuer tous ces enfants. C'est accidentellement également que
Beck entre en possession de l'indice capital du ticket de métro. Une
femme jalouse décidant de se venger permettra l'arrestation de
l'agresseur des parcs que toute la détermination des forces
policières échouait à trouver. Et enfin, c'est par un pur hasard que
les policiers les plus incapables de toute la Suède mettent la main
sur le coupable. Sjöwall et Wahlöö nous rappelle en permanence la
fragilité de ce succès policier.
Page 1 2 3 4 5
Illustrations de cette page : Le parlement à Budapest • Moulin à
Skansen