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Henning Mankell
Les enquêtes du commissaire Kurt Wallander (suite et
fin)
Trois jeunes gens ayant fêté ensemble la St Jean adressent dans le
mois suivant à leurs parents des cartes postales de diverses villes
d'Europe. Une mère prétend que l'une des cartes reçues imite
l'écriture de sa fille mais personne au commissariat d'Ystad ne
semble la prendre au sérieux. Il faudra que les cadavres décomposés
des trois jeunes gens ressurgissent au même endroit et comme dans une
répique du repas de fête pour que l'équipe de Wallander s'attelle à
la traque d'un fou meurtrier qui semble connaître admirablement ses
victimes.
Troisième tueur en série d'affilée pour Wallander. A mon avis, il les
attire... Où peut-être le climat de la Scanie est-il favorable à ce
type de meurtrier ? [7]
Je comprends tout à fait les raisons poussant les gens à considérer
ce livre comme un chef d'oeuvre. Je n'éprouve pour ma part aucune
fascination pour la violence, notamment celle souvent complaisante
pour les tueurs en série, véritable tarte à la crème des auteurs de polars
depuis quelques années. [8]
Ce meurtrier de la St Jean est un vrai méchant, tuant des innocents, et non
l'instrument d'une vengeance contre des êtres abjects comme l'étaient le jeune
Stefan ou la troublante Yvonne. Après une centaine de pages,
j'ai eu la terrible sensation d'avoir déjà lu pas mal de livres au contenu très voisin,
notamment l'époustouflant
Dragon rouge (1981) de Thomas Harris
: même proximité du tueur aux victimes, même besoin de contrôle
absolu, même croyance en l'invisibilité et à la surpuissance. Jusqu'au
procédé,
découvert à la fin par Wallander, pas très éloigné de celui utilisé par le tueur d'Harris pour choisir ses
victimes. Toutefois, l'auteur du
Silence des agneaux plongeait dans l'esprit troublé de tous les protagonistes, dans leurs
doutes, dans leurs ambiguités, mettait en lumière la
proximité
et la
réciprocité du profileur et du tueur, certainement parce
qu'il avait mieux admis et compris le voisinage fragile entre violence et
non-violence. Mankell se contente de faire du Wallander, propre et
carré, les bons d'un côté, les méchants de l'autre. L'histoire
secrète et sombre de Svedberg, l'adjoint assassiné du commissaire qui
vient se greffer sur l'histoire principale permettra d'éventuellement
douter, un temps, de cette répartition des rôles.
Deux adolescentes assassinent, de façon extrèmement violente un
chauffeur de taxi, sans raisons apparentes et sans éprouver ensuite
le moindre remords. Dans la même nuit, un homme meurt subitement
devant un guichet automatique de banque. Quelques heures plus tard,
la plus âgée des adolescentes s'enfuit du commissariat alors que le
cadavre de l'homme disparaît de la morgue. Le corps de la jeune fille
est retrouvé, atrocement brûlé, dans un poste haute tension. Le
cadavre de l'homme, lui, est mystérieusement retourné à son point de
départ, le distributeur à billets.
La mise en réseau du monde est plutôt un bon thème. On peut s'irriter
qu'elle soit principalement vue sous l'angle de sa vulnérabilité à la
menace terroriste ce qui n'est, on le sait, qu'une partie du problème
posé aux sociétés et, surtout, aux citoyens. Mais Mankell n'a besoin
que d'un décor pour ses personnages.
Étranger à ce monde qui le dépasse totalement, mais ayant trouvé à
quelques kilomètres d'Ystad un hacker d'envergure internationale
susceptible de s'en occuper (la Scanie est décidemment pleine de
ressources !), Wallander occupe la scène de façon habituelle, le
tueur professionnel insaisissable (mais qu'on attrape au final) et le
grand génie du mal voulant mettre à terre le système financier
international (mais il ne réussira pas son entreprise, juste faire
perdre quelques points au Nikkei et au Hang Seng le lendemain) lui
permettant cette nouvelle victoire - toute provisoire - du bien sur
le mal. Le meurtre du chauffeur de taxi, nouvelle expression d'une
justice privée, ne fait pas progresser d'un iota ce que Mankell a à
nous dire sur le thème. Lâché - que dis-je lâché ?
trahi - par
ses troupes, Wallander semble finalement heureux de passer le témoin
à d'autres (sa fille, Martinsson). Je le suis également...
Illustrations de cette page :
Correspondance suédoise
Les musiques écoutées durant l'élaboration de cette page :
Kurt Wallander aime l'opéra, principalement italien. Cela ne me tentait pas vraiment. Compte tenu des sentiments que m'inspirait
l'œuvre de Mankell, j'étais tenté par l'écoute du Matka
d'Aloïs Hába, opéra tout en quarts de ton, avec le risque d'être
abandonné par la sérennité indispensable à l'écriture. J'ai donc
préféré alterner deux versions récentes du plus bel opéra de monde,
Carmen de Bizet, l'une conduite par Plasson avec Madame
Gheorghiu dans le rôle-titre et la version donnée par Madame Von
Otter à Glyndebourne sous la baguette inspirée de Philippe Jordan.
Mamma mia comme aurait dit le groupe ABBA, quelles glottes que
ces deux-là ! Je complétais avec quelques mesures des Contes
d'Hoffmann dirigés par Nagano en 1995.