11 08 2007
Donald Westlake
Argent facile
(2003)
Depuis sa sortie de l'Université, Josh Redmont touche chaque mois et sans contrepartie un chèque de mille dollars en provenance d'une
mystérieuse société nommée
L'agent américain. Après avoir mollement - et sans résultats - cherché à se renseigner sur celle-ci, Josh
s'est contenté pendant sept ans d'encaisser l'argent. Jusqu'au jour où, sur le ferry qui le ramène à New York, un homme étrange l'informe qu'il est
à présent un agent actif...
Motus et bouche cousue
(2002)
Arrêté pour l'attaque d'un camion postal où il croyait trouver du matériel informatique, Francis Meehan
risque désormais de passer le reste de ses jours dans une prison fédérale, bien moins confortable que les
maisons d'arrêt auxquelles il est habitué. Jusqu'au jour où un curieux personnage lui propose de le faire
sortir et d'effacer toutes ses dettes à la société, moyennant un étrange service à rendre au POTUS...
On l'a compris, ces deux livres reposent sur une même idée de
départ qui consiste à plonger un homme dans un monde qui n'est pas le sien. Pour Josh
Redmont, ce sera l'univers impitoyable des espions et des tueurs. Pour Francis Meehan, l'atmosphère empoisonnée
des cercles du pouvoir et de la basse cuisine politique. Du contraste entre les mondes et les expériences nait
très souvent, chez l'auteur d'
Aztèques dansants et de
La Joyeuse magouille, des histoires drôles, féroces et décalées.

Cela n'a pas vraiment fonctionné pour moi en ce qui concerne
Argent facile. Si le motif de départ
est épatant, la façon dont l'auteur le traite ensuite est très convenue et manque singulièrement de nerf. Ayant choisi
la légèreté, Westlake adopte un style très parodique, renforçant les stéréotypes du roman d'espionnage (l'espionne
en sex-symbol ravageur, le cruel dictateur de l'Est, etc.). Mais tout ceci est linénaire, prévisible et manquant de vigueur.
Il n'y a que peu de ces surprises d'écriture qui rendent souvent si savoureux ses livres (sans que je puisse dire s'il ne s'agit
pas aussi d'un problème de traduction) et j'ai vraiment eu l'impression d'avoir déjà lu tout ceci sous
d'autres plumes. Josh Redmont est quelqu'un de trop lisse, trop sage, trop naïf aussi
pour que l'auteur - dépourvu de toute méchanceté sur ce coup là - lui fasse vivre l'aventure démesurée et échevelée que pouvait promettre le point de départ et qui seule, à mon sens,
aurait pu en faire un bon livre.
Francis Meehan est lui, par contre, un mauvais garçon qui rappellera aux fidèles de Westlake un autre cambrioleur célèbre et
poissard : John Dortmunder. Meehan est très lucide sur lui-même et sur les autres et il partage volontiers avec nous ses pensées et
humeurs de délinquant goguenard.
Contrairement à Josh Redmont, il prend très vite le contrôle des opérations, en fait dès qu'il comprend que les proches du
Président sont dans l'obligation de jouer sur son propre terrain. Du coup, la proposition est inverse de celle d'
Argent facile. Ce sont les politiques qui
se retrouvent en
terra incognita et c'est le bad boy qui effectue la narration et qui mène finalement la danse. De
fait les possibilités s'en trouvent multipliées, permettant à Westlake
de lâcher quelques petites vacheries sur le dos des comités électoraux et autres politiciens professionnels, en plus de ces histoires touffues et joyeuses dont il a le secret.
On passe donc un bon moment avec ce
Motus et bouche cousue, pas inoubliable bien sûr mais
l'été est propice aussi à ces lectures sans enjeu...
Illustration de cette page : Le phare sur Fire Island.