Luis Fernando Verissimo
Né à Porto Alegre (Brésil) en 1936, musicien, journaliste et écrivain prolifique, il s'est essayé à la littérature policière
avec Jack Tance, un privé à Rio (Edité chez l'Écailler du Sud) et ce Borges et les orangs-outangs éternels publié au Seuil.

[1] Georges Perec Un cabinet d'amateur, Ed. Balland, 1979
24
02
2008
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Luis Fernando Verissimo
Un jeune professeur inconditionnel d'Edgar Poe modifie la nouvelle qu'il est en
train de traduire en portugais pour la rendre conforme à la manière du maître
américain. L'auteur du récit - qui n'est autre que Jorge Luis Borges - lui fait
part, par courrier, de son indignation et notre Brésilien n'a de cesse alors d'obtenir
son pardon - sans succès - via un harcèlement épistolaire. Vingt-cinq ans plus
tard, par le hasard d'un congrès sur Poe se déroulant à Buenos Aires, les deux
hommes se retrouvent au dessus de la dépouille mortelle de Herr Joakim Rotkop, un
des participants au colloque sauvagement assassiné...
Ce très court récit, érudit et drôle, est d'abord un jeu de miroirs entre l'œuvre de Poe - puisque chaque progrès dans l'enquête ou
dans les souvenirs de Vogelstein est donné par/oriente les deux hommes vers l'un des
Contes -
et celle de Borges.
Les connaisseurs apprécieront avec gourmandise les passerelles légères
jetées entre les deux œuvres et ce, dès l'incipit. Celui-ci donne l'exact aperçu du champ dans lequel
va se déployer la narration (le mystère simple
policier, le mystère complexe
existence)
alors même qu'une autre profondeur est ajoutée. Vogelstein nous apprend, en effet, que Jorge Luis
Borges est en train de mettre la dernière main à un, justement,
Traité final des miroirs...
Dès lors, l'assassinat en chambre close de Herr Rotkopf ouvre sur une structure paradoxale, une construction en abyme
(je n'ai pu m'empêcher de penser à M.C. Escher durant l'heure que dure la lecture) qui est surtout un vibrant
hommage à la puissance de l'
écrit. Invocateur ou évocateur, créateur de mondes et dévoileur de mystères, le
mot est
d'abord et surtout
sublime manipulateur. Car, au final, Vogelstein obtient de la plus extraordinaire des façons la considération de Borges.
Et Verissimo - comme le Perec d'
Un Cabinet d'amateur [1] - celle d'un lecteur subjugué d'avoir été amené là par
les trompe l'œil et les faux semblants malicieux de l'auteur. Un grand bonheur...
Illustration de cette page : Jorge Luis Borges
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Sgt Pepper's Londely Hearts Club Band des Beatles (1967)