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03
2007
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Fred Vargas
Des Ombres passent. Dans la nouvelle maison d'Adamsberg, dans le vieux cimetière de Montrouge
et dans celui d'un bled normand... Deux sépultures sont profanées, deux cadavres sont semés que le commissaire
défend bec et ongles contre l'appétit des Stups. Une ombre autre, en direct de l'adolescence, s'immisce dans
la Brigade et dans la vie la plus intime d'Adamsberg. Et une autre encore, détruit la beauté de cerfs majestueux pour
leur arracher le cœur. Toutes ces ombres se rejoignent-elles ?
Je vais forcément ajouter à l'éloge quasi unanime qui accompagne l'œuvre de Fred Vargas. Ayant découvert tardivement
celle-ci - et presque par hasard, tant je me tiens éloigné de la littérature française - j'aime ses livres, tout simplement.
Par déformation professionnelle sans doute, Vargas est d'abord une enlumineuse... Ces romans sont emplis de ces images étranges, exagérées,
personnages et bestiaires fabuleux associés à son intrigue comme étaient jadis déposées
dans les marges des manuscrits ces
drôleries édifiantes ou simplement décoratives.
Se donnant souvent premières à être déchiffrées (ici le personnage de Lucio Velasco Paz, à la fois lettrine et cul-de-lampe du roman), colorées
et complexes, ce sont elles qui m'émerveillent, tel un enfant plongé dans ses premiers livres.

Il y a également dans ces romans une innocence, une naïveté vraie ou fausse qui encourage cette
régression et ce sentiment profond d'être protégé comme en ces temps d'enfance. Fred Vargas écrit
le lien à l'
Autre différent, toujours renouvelé, toujours possible, dans un monde où justement ces liens s'étiolent, se tarissent, s'effondrent.
Dans une littérature qui décrit souvent le seul contre tous de la modernité, Vargas nous parle encore et encore de famille,
de tribu et même ici de
voisinage soucieux de l'autre (le clan/orchestre d'Haroncourt ou les
rivaux des deux Vallées), à nous
pour qui tout ceci n'existe plus ou si peu. En un sens, il s'agit d'une littérature d'
anges gardiens
(car il y a toujours ici quelqu'un qui veille sur vous, même le plus improbable, surtout le plus improbable) et
de
pardon des offenses sans lesquels ces histoires d'amours et d'amitiés entre si dissemblables ne fonctionneraient pas.
M'étant promis de consacrer un cycle à cette œuvre, je reprendrai tout ceci par la suite mais
Dans les bois éternels me passant entre les mains aujourd'hui, je pose un jalon avec cette chronique imparfaite. En plus d'être un excellent Vargas, poétique,
chaleureux, humain,
inventif, j'ai trouvé son intrigue policière plus dense, plus complexe et plus intéressante qu'à l'habitude
- y compris dans ses passages apparemment les moins crédibles , comme par exemple la recherche symbiotique de Retancourt par La Boule. D'aucuns pourront
reprocher qu'il y a trop de choses dans ce roman (roman-foison, roman-fouillis qui ne cède jamais pourtant au désordre) pour une seule lecture. Qu'à cela ne tienne ! Car Fred Vargas possède
encore pour l'instant une grâce, assez rare dans le domaine de la littérature policière : pouvoir
être relue tout en continuant de surprendre et d'émerveiller...
Illustration de cette page : Lettrine
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Suite pour orchestre à cordes d'Arnold Schönberg (Robert Craft dirigeant le
20th Century Classics Ensemble sur galette Naxos parue en 2005).