Qiu Xiaolong
Né à Shanghaï en 1953. Installé aux Etats-Unis depuis 1988, il
enseigne à l'Université de St Louis. Biblio complète sur la note de lecture
de Mort d'une héroïne rouge
5 romans traduits et édités par Liana Levy
13 09 2006
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Qiu Xiaolong
L'affaire de l'assassinat d'une femme étiquetée quelques années
auparavant comme "dissidente" est confiée à la Brigade spéciale de la
police de Shanghaï, avec comme d'habitude pour mission de montrer que
le Parti n'a rien à voir avec ce meurtre. L'inspecteur principal Chen
Cao étant en vacances, c'est son adjoint, l'inspecteur Yu qui va se
charger de l'enquête. Il sera aidé par sa délicieuse épouse Peiqin et
par son père, le Vieux Chasseur.

La situation politique "sensible"
entourant ce type d'enquête, ainsi que l'héritage de la Chine maoïste
dans la mentalité et la vie quotidienne des gens, avaient été
longuement abordés dans
Mort d'une héroïne rouge, le premier
roman de Qiu Xiaolong. L'auteur ne revient donc que par légères touches sur
tout ceci même si le contexte historico-politique reste présent.
Après tout, la victime fut d'abord une garde rouge enthousiaste avant
de partir en rééducation puis de devenir une "dissidente" par amour
pour l'intellectuel persécuté Yang. L'enquête menée par Yu et Peiqin
met à jour les lâchetés, trahisons et reniements d'intellectuels
soumis et, quand ils ne l'étaient pas, brisés par la violence et les
humiliations, des Cents fleurs à la Révo cul (on reste néanmoins à la
surface des choses). Elle montre également que les fidélités
archaïques au socialisme, comme celle du vieux Wan, n'ont plus aucune
place dans cette Chine moderne et individualiste qui, en vingt ans, a
balayé le rêve égalitaire de la propagande maoïste.
La dénonciation de la corruption entreprise par Qiu Xiaolong est ici très
intéressante, notamment parce qu'elle concerne un fonctionnaire présenté jusqu'ici comme honnête.
Le pot-de-vin est devenu beaucoup plus sophistiqué, insidieux,
indirect qu'autrefois mais il n'en est pas moins tout aussi
efficace. La façon dont Chen Cao prend conscience de cette corruption
mais surtout comment il l'intègre à sa propre existence est, au
choix, assez naïve, réaliste ou très cynique. Chen pourra toujours se
dire qu'il l'a acceptée pour la bonne cause mais n'est-ce pas ce que
disent tous les corrompus ?
Avec Peiqin, Qiu Xiaolong réalise un très beau portrait de femme et l'on se
demande si l'épouse de l'inspecteur Yu n'est pas finalement le
personnage le plus intéressant de ce cycle.
Également chroniqués : Mort d'une héroïne rouge (2000) •
Visa pour Shanghaï (2002) • De soie et de sang (2006)
Illustration de cette page : Scène de rue à
Shanghaï
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : In
C de Terry Riley, interprété par le Shanghaï Film Orchestra
(1989). Une version étonnante de ce classique de la musique
minimaliste, exécuté sur instruments traditionnels (durée 29
minutes).