14
09
2006
Accueil > Notes de lecture
Qiu Xiaolong
Alors qu'il s'apprête à enquêter sur la mort d'un homme dont le corps a été retrouvé dans le parc du Bund,
l'inspecteur Chen Cao se voit confier une mission de relations publiques auprès d'une inspectrice américaine de
passage à Shanghaï. Les autorités étatsuniennes détiennent un hommme prêt à témoigner contre les triades qui organisent
l'entrée des clandestins chinois aux Etats-Unis. Mais ce temoin ne parlera que si son épouse vient de Chine le rejoindre,
or la femme a disparu. Le secrétaire du Parti Li ne veut pas que les Etats-Unis pensent que le régime est pour quelque
chose dans cette disparition. Pendant que Chen distraiera l'inspectrice Rohn, Yu mènera l'enquête.
De façon un peu bizarre, le titre original anglais
The Loyal Character Dancer a été traduit ici
par le très banal
Visa pour Shanghaï. Or, la Danse de la Loyauté joue un rôle dans le roman mais
aussi dans la période historique dont nous entretient Qiu. C'était la figure imposée par laquelle des centaines de milliers
de jeunes gardes rouges montraient leur dévotion au "grand éducateur".

J'ai trouvé assez moyenne la partie citadine du roman, la confrontation
entre les deux inspecteurs et le fameux contraste entre deux personnalités/ mondes/sensibilités tel qu'il a déjà été tant de fois exploité dans la littérature du genre. Le secrétaire du Parti Li souhaitait que la visite de l'inspectrice Rohn soit avant tout touristique et c'est un peu
le sentiment que j'ai, celui d'être dans un décor où se déroulent des choses un
peu convenues.
L'enquête de Yu en province suit une trame qui donne une matière un peu neuve au roman. L'histoire misérable de l'ancienne jeune instruite Wen aux mains du fourbe Feng est intéressante mais on est loin de la perfection
de
La femme du boucher* de Li Ang (pour ce qui concerne la violence des rapports conjugaux et la
condamnation par le voisinage) ou de
L'arbre sans vent** de Li Rui (une vision noire de la vie dans les campagnes au
moment de la révolution culturelle). Les épisodes rapportés par Liu lors de la
mise en accusation de son père, au lancement de la révolution culturelle, sont autobiographiques (Qiu Xiaolong a bien été dans l'obligation d'écrire l'autocritique
pour son père). L'effet de surprise et de dépaysement de
Mort d'une héroïne rouge n'étant plus là, on se retrouve, in fine,
avec un roman distrayant, sans plus. C'est parfois suffisant.
Également chroniqués : Mort d'une héroïne rouge (2000) •
• Encres de Chine (2004) • De soie et de sang (2006)
Illustration de cette page : L'art au service de la Révolution
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Aerial de Kate Bush (2005)