21 02 2007 Accueil > Notes de lecture

David Peace

Red Riding Quartet

1980 (2001) David Peace 1980

Alors que la police du West Yorkshire piétine depuis cinq années sur l'affaire de l'Éventreur, le ministère de l'Intérieur décide d'adjoindre aux enquêteurs un comité chargé d'évaluer les stratégies mises en place dans l'enquête et d'en proposer d'autres pour arriver à la résolution de l'affaire. En fait, ce comité cache l'enquête interne dont est chargé le Directeur Adjoint de la police de Manchester, Peter Hunter.

Comparé aux deux précédents volets du Quartet (1974 et 1977), 1980 tranche par son apparente normalité narrative. Officiellement extérieur aux affaires secouant le West Yorkshire, Hunter le bien nommé raconte son enquête sur un ton à la fois posé et analytique, qui sied bien à un homme se pensant honnête et droit face à la situation. Le directeur adjoint fait bien quelques cauchemars, mais il ne vit pas dans un cauchemar durant tout le livre. Son récit est donc débarrassé de la plupart des effets trash qui rendaient tellement oppressants et terrifiants les deux premiers opus. De la même façon d'ailleurs, ce qui se réfère directement au réel - donc au macabre et au morbide - des meurtres de l'Éventreur du Yorkshire est traité en exo-squelette, une page en début de chaque chapitre regroupant - de façon cahotique - extraits des procès verbaux de police et vraies confessions de Peter Sutcliffe.

Pourtant, Peter Hunter va être dévoré par ces multiples affaires de la même façon que l'ont été Eddie Dunford ou Jack Whitehead. On ne connait pas encore la nature exacte de la force en jeu derrière tout ceci : est-ce simplement l'esprit de corps qui pousse la police du West Yorkshire à détruire ceux qui pourraient ternir son image ? Est-ce un complot organisé ? Un système criminel corrompu et généralisé, mêlant flics et voyous ? Tout l'art de David Peace est évidemment de laisser ces pistes béantes à l'orée du dernier volet de son Red Riding Quartet.

Quand le piège se referme sur le chasseur, quand l'honorabilité d'Hunter est mise en cause et qu'il accepte de descendre dans le ventre - donc d'être absorbé et digéré par cette force à l'œuvre, on retrouve alors cette écriture d'urgence et cette panique, david peace 1980 d'autant plus efficace sur le lecteur que l'identification à Hunter, héros positif ayant fait progresser notre compréhension des affaires, a été rapide et facile. Peu de temps après, l'Éventreur perd lui aussi symétriquement cette extériorité. Le ventre l'absorbe, être médiocre, insignifiant, terrible, meurtrier, diversion à point nommé. Mais si cette diversion était voulue, pour permettre de masquer quelque temps encore la vérité sur les très nombreuses morts liées à la fusillade du Strafford, elle porte en elle un ferment de destruction : un ou d'autres criminels étaient bien à l'œuvre en même temps que l'Éventreur [1].

Quant à l'Angleterre, dont on entend battre le pouls tout au long du roman via les bulletins d'information, demain sera pour elle les attaques fascistes contre les ghettos noirs et asiatiques, les mensonges d'Etat aux grévistes de la faim irlandais, Brixton et Toxteth, une guerre à l'autre bout du monde contre une dictature épuisée et une autre dans les rues ou sur le carreau des mines, contre les pauvres et les faibles que l'Empire va rejeter. Bienvenue dans l'ère Thatcher...

Illustration de cette page : Peter Sutcliffe dit l'Éventreur du Yorkshire

La musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Fresh fruit for rotting vegetables des Dead Kennedys (1980).