16 02 2007
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David Peace
Red Riding Quartet
Le cadavre d'une prostituée affreusement mutilé vient d'être découvert sur un terrain de sports. La barbarie et
les circonstances du crime semblent le rattacher à
d'autres. Pendant que la brigade criminelle dans laquelle officie le sergent Fraser tente de faire le lien entre
ces affaires, le journaliste Jack Whitehead interroge des victimes d'agressions semblables ayant miraculeusement
survécu.
Durant six années, l'homme que les média surnommèrent rapidement l'
Éventreur du Yorkshire, agressa
en toute impunité plus de vingt femmes, tuant treize d'entre-elles, dans des conditions de sauvagerie tout à fait
épouvantables. Cela se passait à quelques kilomètres de l'endroit où grandit le jeune David Peace. L'adolescent accumula ainsi
informations, impressions et fantasmes, tant sur le criminel que sur l'impuissance de la police - qui avait engagé des moyens colossaux
mais mal employés ou inadaptés - dans cette course mortelle.

Si le parcours sanglant de l'Éventreur sert de toile de fond à
1977, le criminel en lui-même n'intéresse guère Peace.
Prolongeant
1974, l'auteur préfère livrer un instantané d'une
société qui - via le jubilé royal -, célèbre l'illusion d'une Angleterre éternelle alors que
d'horribles meurtres sont commis, dans ce triangle Leeds-Manchester-Bradford, autre- fois richissime cœur de
l'Empire, désormais friche industrielle et miséreuse.
Surtout, David Peace entend montrer l'effet de ces meurtres
sur des individus et des liens sociaux déjà décomposés par la dureté de la vie.
L'histoire et les cent livres futurs qui traiteront du cas de l'Éventreur ne retiendront de ces femmes que leur margi- nalité, leur déclassement,
leur alcoolisme ou leur toxicomanie, le nombre de coups que leur porta Peter Sutcliffe et l'endroit où elles furent retrouvées, parce
qu'ils seront justement des livres sur l'Éventreur, fascinés par le mal absolu qu'il peut représenter.
David Peace, lui, s'attache à montrer que ces femmes sont des êtres de chair et de sang, capables d'aimer,
d'éprouver de l'espoir, de la tendresse, de la honte. Quelque part quelqu'un pleurera leur perte, ne pourra plus vivre dans leur absence -
ici Fraser pulvérisant ce qui reste de sa vie après l'assassinat de Janice - ou ne pourra trouver la force d'aller au delà
des préjugés et du mal accumulé - comme Jack Whitehead et l'amour impossible de Ka Su Peng, courageuse et lucide survivante.
Le meurtre met tout à nu, avec violence. Les secrets, les non-dits, la gangrène morale : rien, ni
personne n'est épargné, et en premier lieu la police, même si l'histoire dévoilée ici
continue de s'abriter derrière les meurtres de l'Éventreur et le discours halluciné des protagonistes. En entrecroisant les narrations du flic Fraser et du journaliste Whitehead, Peace ne nous engloutit
pas immédiatement et inéluctablement dans l'épais désespoir et/ou la mort qui attendent ses héros. Leur déchéance - leur délivrance ? - réserve pour certains
quelques moments de répit, voire de bonheur, loin des ténèbres de
1974.
Mélange de réel désarticulé et d'éléments fictionnels, au style toujours aussi abrupt, le livre
est déchiqueté entre pensées, hallucinations, souvenirs incompréhensibles. Comme dans
1974, certains pans de l'histoire ne seront pas achevés tandis
que de minces et énigmatiques liens seront tissés avec les précédentes affaires.
Illustration de cette page : Rapport de police du West Yorkshire
La musique écoutée durant l'élaboration de
cette note : Pas de changement : Klaviertrio n°2 Es-dur de Franz Schubert, cette fois-ci dans
la version Istomin, Rose et Stern de 1969 (disque CBS de 1970).