05 06 2007 Accueil > Notes de lecture

Jo Nesbø

Rouge-gorge (Norvège - 2000) Jo Nesbø - L'homme chauve-souris

Pour éviter un scandale, l'inspecteur Harry Hole - qui vient de descendre par erreur un membre des services secrets américains lors de la visite du président des USA à Oslo - est promu inspecteur principal au SSP, le service de sécurité intérieur norvégien. La découverte qu'un fusil particulièrement rare a été introduit en fraude dans le pays va lui faire croiser la piste des actuels milieux norvégiens d'extrème-droite mais, surtout, de vieux nostalgiques jadis désignés traîtres à la patrie.

Dans son roman La nuit, tous les loups sont gris de 1983, Gunnar Staalesen avait abordé le cas de ces jeunes Norvégiens engagés aux côtés des Allemands durant la Deuxième Guerre mondiale. Jo Nesbø reprend ici le thème et, en l'approfondissant, nous offre un roman intéressant, mêlant plutôt habilement récits de guerre, enquête policière et suspense.

edogawa ranpo le lézard noir Des motivations ayant poussé des jeunes gens à peine sortis de l'enfance à rejoindre les rangs des Waffen SS, on saura finalement assez peu. La défense de la Norvège contre le bolchévisme revient réguliè- rement comme argument mais il y a finalement assez peu de discussions idéologiques au fond des tranchées, face à Léningrad. Tous se vivent comme des patriotes (ce sera d'ailleurs, après la guerre, le leitmotiv de tous les engagés volontaires européens dans l'armée allemande) et ils détestent autant les Russes que les "collabos" restés au pays qui en profitent pour mettre celui-ci en coupe réglée.

Nesbø met surtout l'accent sur la communauté d'armes et l'aventure humaine que représentent pour eux la guerre et la survie sur ce front Est, d'où peu reviendront. Piégés dans le froid, la faim et la confrontation avec l'adversaire soviétique, les exploits de Daniel Gudeson, la figure héroïque qu'il prendra dans la mort, la réapparition de son cadavre - théoriquement incinéré - à l'endroit même où il était tombé iront jusqu'à conférer un aspect irréel et magique à ces instants. En attendant, c'est bien là que les valeurs et les destins de chacun vont prendre forme.

edogawa ranpo le lézard noir Des motivations poussant aujourd'hui les gens comme Sverre Olsen dans les rangs des nationaux-socialistes norvégiens, on ne saura guère plus. Jo Nesbø décrit avec précision ce milieu militant clairsemé, volatile, en proie à des scissions perpétuelles qui le ferait passer pour risible comparé aux structures d'autres pays (Allemagne et Suède [1]) si n'était la violence extrême dont peut faire preuve un être aussi médiocre qu'Olsen. Les vrais militants, Prinsen - retors, manipulateur, implacable - et dans une moindre mesure l'avocat, sont laissés volontairement dans l'ombre menaçante de leur clandestinité et de leur double-jeu.

L'histoire d'Urias, lui aussi pur et dur poursuivant un projet né cinquante ans plus tôt, permet de faire le lien entre les époques, entre les milieux. Les différentes intrigues sont de bonne facture, la violence parfois difficilement supportable, le dénouement pervers. Harry Hole continue, à mon sens, à ne pas être un personnage très intéressant mais l'histoire ici est suffisamment dense pour que cela ne soit pas un handicap.

Romans de Jo Nesbø également chroniqués sur Le vent sombre :
L'homme chauve-souris (1997) • Rue Sans-Souci (2001) • L'étoile du Diable (2003)

Illustrations de cette page : Légionnaire norvégien • Dans une tranchée de Léningrad

Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : The Carla Bley Big Band goes to church de 1996.