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05
2007
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Matsumoto Seichō
Un couple est retrouvé mort sur une plage du Kyushu. La police conclut à un double suicide d'amants malheureux
mais Torigai Jutaro, un vieil inspecteur soupçonneux, trouve étrange que l'homme ait déjeuné seul au wagon-restaurant
du train qui amena le couple depuis la capitale. Enquêtant pour son propre compte, il découvre bientôt d'autres éléments
dérangeants. Il va confier ses doutes à un policier tokyoite, l'inspecteur Mihara Kiichi. Celui-ci s'intéresse au défunt, témoin
capital dans un scandale de corruption touchant un important ministère.
Le point de départ de ce célèbre roman japonais, vendu à plusieurs millions d'exemplaires et qui apporta la gloire et la renommée
à son auteur, est assez identique à celui adopté dans les nouvelles publiées en France dans le recueil
La voix. Une affaire
simple et ordinaire change soudainement de nature parce qu'un détail d'apparence trivial heurte la sensibilité, le
sens de l'harmonie ou de la beauté de l'un des personnages. Le vieux Torigai ne peut se défaire du sentiment qu'une femme amoureuse
aurait accompagné son amant au wagon-restaurant, même si elle ne souhaitait pas déjeuner elle-même.
Où était alors la jeune femme et que faisait-elle ? Et, le doute s'installant, comment
expliquer les quelques minutes d'écart entre les deux gares le soir du drame ?

En fait, Mastumoto nous a désigné dès les premières pages du livre tant le principal suspect que les possibles raisons du crime, bien avant que
celui-ci ne soit commis. Quand il reprend l'enquête, toute la tâche de l'inspecteur Mihara va être de déconstruire ce "crime parfait" en réduisant à
néant les alibis sophistiqués du meurtrier.
Alternant périodes d'enthousiasme et de découragement, Mihara Kiichi va résolument se maintenir au-delà des apparences et
des évidences, mettant à jour la conspiration nécessaire à l'accomplissement des meurtres.
Ces enquêtes "à la Colombo" sont la forme classique du
roman policier traditionnel chinois, où le lecteur était mis au courant dès le départ de l'identité du
criminel et observait tout au long du récit le jeu du chat et de la souris avec l'enquêteur. Dans
Tokyo express, Matsumoto
subvertit cependant le genre, d'abord en inscrivant son histoire dans une affaire de corruption qui
marquera le début de la critique sociale dans le nouveau polar japonais, ensuite en ménageant un coup de théâtre final,
à la fois conforme aux canons du roman policier occidental et à l'esprit traditionnel nippon.
Calme, simple et fluide, l'écriture de Matsumoto rend cette complexité narrative totalement abordable par tous, ce qui explique
certainement son immense succès. Comme Yasuda Ryoko, j'ai aussi trouvé matière à divagation poétique devant
tous ces mouvements de trains qui sont la clé de l'énigme et le pouls de l'histoire.
Illustration de cette page : La motrice 151, mise en service en 1958 sur le ligne Tokyo-Sapporo
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Les Glass Works de Philip Glass sur galette Sony Masterworks de 1982 (The Philip Glass Ensemble
dirigé par Michael Riesman).