06
03
2007
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Matsumoto Seichō
Un quinquagénaire est retrouvé mort dans une gare de triage, le visage écrasé par les coups. Qui est-il,
qui a pu le tuer et pour quelles raisons ? L'inspecteur Imanishi Eitarô ne dispose pour commencer sa
très longue enquête que d'un médiocre témoignage : la victime, qui aurait été vue avec une personne plus
jeune dans un bar proche de la gare, aurait prononcé le mot Kameda avec un accent
tout à fait particulier...
Traduit et publié en 1987,
Le vase de sable est un roman que le lecteur
occidental peu familiarisé avec les patronymes nippons aura du mal à suivre. Entre les personnages, les villes et
les nombreuses gares - car Imashono Eitarô, comme l'inspecteur Mihara de
Tokyo Express, utilise
principalement les lignes ferroviaires, économiques et pratiques, pour parcourir le pays -, il y a moyen d'être vite perdu.

D'autant que, comme à son habitude, Matsumoto Seichō ne livre pas un polar flamboyant
à l'américaine mais une
enquête triste et longue, partant de rien et sans intuition géniale de la part de l'enquêteur qui
rendrait tout ceci palpitant. Il faudra plusieurs mois au policier tokyoite pour entrevoir une vérité
étonnamment ancrée dans un réel assez sordide.
Mais la trajectoire du meurtrier permet à Matsumoto de
tracer celle d'un Japon anéanti en 1945, privé de son identité comme le fut Motoura Hideo, et tentant de construire
un avenir ou la lèpre de l'origine serait tue, dissimulée. On peut lire alors d'une autre façon ce
Vase de sable, apprécier les contrastes que fait naître l'auteur entre un pays que l'on sent encore
rural et provincial, - habité dans ses recoins par une paysannerie miséreuse et crevant de faim - et ces élites intellectuelles "porteuses de l'avenir",
sophistiquées et incompréhensibles, parfaitement cyniques et aux valeurs déjà corrompues.
Plus que l'histoire criminelle, c'est donc le portrait de ce Japon au seuil de la modernité qui retient l'attention. Enfin et malheureusement, le procédé décrit par Mastumoto
qui permettra de tuer le comédien Miyata (et accidentellement l'hôtesse de l'air Miura), est bien devenu un des axes de développement de
l'industrie militaire et répressive mondiale, sous la sinistre appelation d'armes non létales. Mastumoto y pensait-il déjà ?
Illustration de cette page : Pierre Schaeffer
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Pierre Schaeffer - l'inventeur de la
musique concrète évoqué par Mastumoto Seichō - s'imposait. N'ayant pas sous la main la Symphonie pour un homme seul je me suis
rabattu, en clin d'œil, sur le Tokyo 2002 de son complice Pierre Henry (qui doit dater de 1999) et
sur Le livre des morts du même, qui est pratiquement contemporain de l'écriture du Vase de sable (1962).