Åke Edwardson
Danse avec l'ange (Suède - 1997)

De jeunes Anglais à Göteborg, de jeunes Suédois à Londres... Des meurtres horribles et terriblement similaires dans leur mode
opératoire sont commis pratiquement simultanément en Suède et en Angleterre. L'enquête est confiée au plus jeune commissaire de police du pays : Erik Winter.
Un cri si lointain (1999)
Le corps d'une femme inconnue est retrouvée dans un fossé, près d'un
lac. Aucune trace visible, à part un idéogramme rouge en forme de H
tracé sur un arbre voisin. Baptisant l'inconnue Helene, le
commissaire Winter, grâce au témoignage d'une vieille femme
attentive, identifiera le corpsL'énorme problème avec Edwardson est que je n'aime pas, mais alors pas du tout, son héros. Le plus jeune commissaire de Suède est beau, évidemment intelligent, riche (il pourrait ne pas travailler) ce qui lui permet de ne porter que de la couture (marques complaisamment citées à longueur de pages), chaussures et chemises provenant naturellement de Jermyn Street (fournisseurs complaisamment cités)... Dès ses débuts, notre icône de la mode travaille sur un ordinateur portable de geek (marque complaisamment citée...). Il n'écoute bien entendu que du free jazz (tellement plus chicos) et apparemment que du John Coltrane et du Don Cherry (parce que celui-ci, ayant vécu à Stockholm, est plus connu des Suédois que Coleman ou Shepp ?). "Initié" au rock lors de son voyage à Londres, il décide qu'en dehors du free, il n'écoutera que le London calling des Clash et en boucle. C'est tellement originaaaaal...
Tout ceci fait que Winter est présenté comme étant, pour ses collègues, ses relations, les criminels, hommes ou femmes, un obscur objet d'envie, l'übermensch qui vous fait vous sentir n'être rien [1]. Il dispose d'une esclave sexuelle (assez peu embarrassante dans le premier opus, plus vindicative dans le second), médecin urgentiste (parce qu'une shampouineuse dans l'appartement design serait très déplacé) qui sait comment apaiser ses angoisses sans demander grand-chose en échange (mais elle l'obtient de toute façon puisque le plus jeune commissaire de Suède est évidemment un amant formidable). N'en jetez plus, la cour est pleine !
Ajoutons que le commissaire Winter est flanqué d'une mère, alcoolique mondaine (émigrée à Marbella avec son époux pour fuir le fisc suédois), qui arrive à être au courant dans l'heure qui suit de ce qui passe à Göteborg et qui harcèle son fils sur son portable pour qu'il aille, malgré les horreurs dont il s'occupe et qu'elle connaît dans le détail, voir sa soeur aînée, divorcée deux enfants et chef de clinique, parce-que-la-famille-c'est-important... Ouf...
L'intrigue de Danse avec l'ange est uniquement centrée sur la "personnalité" de Winter. J'ai donc éprouvé beaucoup de difficultés pour aller au bout, d'autant que l'écriture d'Edwardson est assez souvent aussi chichiteuse que l'est son héros. Malgré tous ces défauts, on sent la volonté de développer le récit dans des atmosphères plutôt assez bien rendues. Mais ça ne casse pas vraiment trois pattes à un canard...
Un cri si lointain se révèle beaucoup plus intéressant une fois effectuée l'opération mentale de soustraction du héros (dans sa dimension personnelle et domestique). Le piège temporel simple et astucieux tendu au départ par Edwardson lui permet ensuite de nous prendre dans la toile des rapports entre le passé et le présent de ce crime ordinaire (ordinaire dans sa forme, aucun crime ne l'est bien entendu...). La "réalité suédoise" que nous donne à voir Edwardson est beaucoup plus qu'un simple décor et, trente ans plus tard, je retrouve la pesanteur, la tristesse d'un monde où la solitude (et la pauvreté pour beaucoup) semble être la chose la mieux partagée. Cela peut mériter la lecture (loin d'être prioritaire) du tome suivant, perdu pour l'instant sur une de mes étagères, pour confirmer ou infirmer ces différentes sensations.
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Du coup, j'ai repris Méditations (1965) de
Coltrane, puisque c'est ce qui tourne sur la platine de Winter. J'ai fait suivre d'une bonne dose de Saxophone Colossus (1956) de Sonny Rollins, un bop tout en énergie avec une version de Mack the Knife en apesanteur joyeuse, et du Left alone revisited : Tribute to Billie Holiday (2002) d'Archie Shepp et Mal Waldron.