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06
2007
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Edogawa Ranpo
Un masseur aveugle à la sensualité débordante attire les plus belles femmes du Japon et les tue.
C'est une histoire criminelle sans mystère et sans enquêteur. Plutôt un conte cruel, décrivant la lente métamorphose d'un
asocial qui, comme l'insecte auquel on peut l'identifier tout au long du récit, passe par plusieurs phases dans sa vie.
On ne peut s'empêcher de penser au chef d'œuvre qu'est la nouvelle de 1929
La chenille [1], où Edogawa Ranpo assimilait
à une gigantesque larve un homme au corps amputé et meurtri par la guerre, mais resté bien humain, trop humain.

L'aveugle attire facilement ses proies en jouant son indifférence contre leur vanité. Les premières acceptent alors volontiers la
descente, même effrayante, dans sa tanière souterraine. Le bref combat qui les oppose au maître des lieux renforce cette impression de prédation animale
tandis que le désir de l'aveugle piège ses victimes comme une toile avant de les submerger.
Il en sera ainsi jusqu'à ce que l'ennui et la lassitude gagne l'infirme et
le poussent au meurtre de ses maîtresses. Dans les pages violemment teintées d'humour noir que consacre alors Edogawa au démembrement puis à
la dissimulation poétique des morceaux de cadavre dans la ville, l'aveugle nous est montré de plus en plus laid, de plus en plus méchant et agressif, s'éloignant
de l'humanité ordinaire. Les meurtres s'accélèrent alors, perdent de leur raffinement, la pulsion sexuelle ayant semble-t-il laissé place à une cruauté sans limite.
La disparition définitive de l'aveugle après ses méfaits puis la tardive réapparition de ses excès passés sous forme d'une œuvre d'art absolue, inégalable,
révolutionnaire achève le passage de la chrysalide à l'imago. Elle permet surtout à Edogawa Ranpo de nous mener face à un ensemble de questions sur
la création, la tolérance, le désir et la mort, sur ce qu'est
être humain, d'autant plus douloureuses et dérangeantes qu'il nous appartient depuis toujours d'y répondre. Un livre rare.
Illustration de cette page : Tarentule
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Pelleas et Melisande de Gabriel Fauré. Seiji Ozawa à la baguette du Boston SO pour une galette DG de 1987.