02
06
2007
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Edogawa Ranpo
Une voleuse redoutable connue sous le nom de Lézard noir affronte le détective Akechi Kogoro pour la possession d'un
diamant rarissime, l'Étoile égyptienne, détenu par le joaillier Iwase. La fille de celui-ci est enlevée...
Beaucoup moins noir et tourmenté que les œuvres habituelles d'Edogawa, ce
Lézard noir lorgne avec bonheur du côté
de Maurice Leblanc (la voleuse faisant irrésistiblement penser, au début du
livre, à un Lupin au féminin) et des grands feuilletonistes de la fin du 19ème, début du 20ème.

Il y a dans cette opposition entre Akechi et le Lézard, dans cette course à la victoire sur l'autre, quelque chose qui m'a rappellé Pardaillan
et Fausta, surtout dans cette tension sexuelle exacerbée née de la frustration et qui poussait, tant la future et éphémère papesse
que la voleuse nippone, à tenter de détruire sans le vouloir vraiment le seul homme qu'elles aimaient.
Mais Edogawa, romancier des sexualités sombres et troubles, est beaucoup plus explicite que ne l'aura jamais été Michel Zévaco. La scène initiale, qui voit
cette femme libre, impudique, sexuée, dominatrice, subjuguer tout un public masculin puis mettre en esclavage sexuel le jeune Junchan
est tout à fait typique de son œuvre. Le mouvement oscillant, qui alternativement emporte le détective (principe mâle d'ordre, de logique, d'anticipation,
de maîtrise) et la voleuse (principe femelle, animal, émotif, instinctif), pourrait passer pour une illustration du
déséquilibre perpétuel entre
yang et
yin. Persuadée de la mort du détective qu'elle a fait jeter à l'eau, le Lézard noir
sombre dans une folie finale obscure et gothique qui ne sera apaisée que par l'ultime soumission de la
voleuse à son maître et le retour à l'équilibre.
Concentré de thèmes antérieurs, ce très court roman joue beaucoup moins sur le registre de la cruauté et de la bestialité,
telles que celles-ci apparaissent dans des romans comme
La bête aveugle ou certaines nouvelles (i.e.
La chenille ou
La chaise humaine, astucieusement évoquée ici). Une façon finalement légère d'entrer dans une œuvre magnifique, complexe et dérangeante.
Illustration de cette page : Tsūtenkaku à Osaka
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Voyage initiatique de Pierre Henry (2005).