Charlie Williams
Ecrivain britannique né à Worcester en 1971.
roman publié à la Série Noire

14
10
2007
Accueil > Notes de lecture
Charlie Williams
Quelques journées dans la vie de Royston Blake, videur en chef du Hoppers, salle de spectacles et pub de Mangel,
riante bourgade britannique dominée par le gang des frères Munton...
Récemment publié par Gallimard,
Les allongés semble être le premier volet d'une trilogie et il est toujours un
peu difficile de parler d'un bouquin dont le sens ou l'intérêt peuvent dépendre aussi des livres suivants qu'il serait chargé d'introduire.
Mangel est un trou, un cloaque si on ne le regarde que du point de vue des personnages rencontrés au fil des pages, où
tout le monde joue depuis sa naissance la même partition. On ne part pas de Mangel, la ville stigmatise ses occupants
au point de les débiliser, à ne même pas pouvoir boire un verre dans la ville voisine. Tout se résume donc à une question de
survie : contre l'ennui, la bêtise, la peur, la haine que produit cette espèce de consanguinité sociale (où tous sont
au courant de tout) qui se voit même sur les trognes... Changez une seule fois les règles du jeu et toutes ces routines de survie
seront bouleversées. C'est ce qui se passe à Mangel où Royston Blake, contesté dans son image de dur à cuire qui, jusque là, lui
assurait une petite vie médiocre mais tranquille, va s'employer à faire cesser ce trouble. On ne peut s'empêcher de penser à Nick Corey, le
shériff de
Pop. 1280, le chef d'œuvre de Jim Thompson sur lequel ces
Allongés lorgnent quand même beaucoup...
Blake semble cependant avoir pour lui de ne pas réfléchir à ses actes avant de les commettre, de
ne pas calculer comme peuvent le faire son ami Legsy (qui tente de profiter de la situation pour sa vengeance) ou les Munton
(qui veulent lui faire tirer les marrons du feu) et comme le faisait bien sûr Corey. Blake ne voit que la pinte ou la femme suivante et il est
condamné à improviser, à s'adapter de façon totalement animale à ce milieu changeant, sa violence étant présentée comme
la seule réponse disponible à la violence d'autrui (jusqu'à la dernière page, il cherche à être exonéré de tous ces meurtres).
C'est peut-être cette "innocence" (également au sens de débilité) improbable qui attirera sur lui l'amour ou la compassion des femmes,
dont Mandy, seuls personnages en sus de son héros à être sauvés par l'auteur.
Du coup, la vision du monde de Charlie Williams - crue et déjantée - est bien moins noire et acérée que
celle du maître. Moins édifiante surtout...
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : PJ Harvey, White Chalk (2007)