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Tony Hillerman
Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee (suite)
Trop préoccupée par ses pensées contradictoires à propos du sergent Chee, l'agent de la Police
tribale navajo Bernie Manuelito piétine une scène de crime et s'empare d'une preuve matérielle...
qui se retrouve entre les mains de Jim, soucieux d'éviter des sanctions à la jeune femme. Celui-ci ne trouve pas d'autre
solution pour faire parvenir cette preuve au FBI que de faire appel à son ancien supérieur, le Légendaire Lieutenant. Il se
trouve que ce nouveau meurtre a un rapport certain avec une affaire ancienne que Joe Leaphorn n'avait
jamais considérée comme close.
Après trois ans d'absence, notre sympathique petite tribu revient pour une histoire dans laquelle Bernie
occupe à présent la place dévolue à Jim au début du cycle (traditionnaliste, intelligente, individualiste, entêtée, amoureuse) y compris dans la
relation qu'elle entretient avec
hosteen Yellow, son oncle maternel, qui semble calquée sur celle entre Chee et
hosteen Frank Sam Nakai. Le personnage de Jim Chee a glissé vers le rôle que tenait à son égard Joe Leaphorn, mais sans
vraiment redevenir consistant. Le
Légendaire Lieutenant - doublé de Louisa Bourebonette - tient
une place de vieux flic devenue habituelle et c'est sur lui que va se concentrer Tony Hillerman.
Dans
Le vent qui gémit, on constate d'étroites similitudes avec la matière utilisée dans
Coyote attend :
fond légendaire de l'Ouest, folie du trésor perdu, transgression violente de la part d'un vieux chanteur traditionnaliste, hésitation de Chee sur
la culpabilité de ce
hataali. Mais Hillerman traite ces points sans la délicieuse ambiguité ni les enjeux symboliques
de son précédent roman car ce qui l'intéresse le plus, c'est la punition (divine ?) du vrai méchant, Wiley Denton.
La figure d'innocence et de pureté de l'épouse sacrifiée à la folie de son époux, à qui elle conserve - dans son ignorance - tout
son amour, ajoute à la démonstration un côté mélo pas désagréable.

Soucieux de garder l'image culturelle qui colle à sa production, Hillerman introduit une légende
d'origine mexicaine (la femme qui gémit) qui, combinée à la fête d'Halloween, confère un petit aspect surnaturel à l'histoire.
Il est cependant peu probable qu'un balladeur à oreillettes puisse produire une musique audible, qui plus est à travers les parois de
béton d'un blockhaus mais, bon... Fort Wingate permet de rappeller l'épisode le plus sombre de l'histoire du
Diné, celui de la déportation de ce qui restait
du Peuple à Bosque Redondo
(Hwééldi). Le fort était au coeur du dispositif de contrôle des bandes navajos. Après avoir mené
son impitoyable politique de la terre brûlée en 1862-1863, le colonel Christopher
"Kit" Carson - misérable héros amerlocain - y
reçut la reddition du Peuple qui, de là, partit pour sa
Longue Marche jusqu'à Fort Sumner.
Quant aux histoires de mines d'or perdues (
Lost Adam's diggings, Lost Dutchman), elles continuent d'alimenter une abondante littérature et d'attiser toutes les convoitises (avec morts à la clé).
Le vent qui gémit - chasse à la vérité sur fond de chasse au trésor (la réunion des quatre héros chez Leaphorn fait penser au
Club des cinq) -, est un polar plutôt malin mais pas inoubliable.
Illustration de cette page : Orpailleur