Cycle Joe Leaphorn Jim Chee
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Tony Hillerman
Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee (suite)
Le lieutenant Chee surprend un Hopi penché sur le corps mortellement blessé d'un policier navajo et l'arrête. Défendu par
Janet Pete, revenue de Washington, le Hopi - qui n'était là que pour attraper un aigle dans un but cérémoniel -, risque la peine de mort, ce qui semble servir la carrière du D.A. adjoint
Mickey. De son côté, Leaphorn est embauché par une richissime vieille femme qui s'inquiète de la disparition de sa
nièce. Cette dernière travaillait pour les services indiens de santé, sur les colonies de chiens de prairies hôtes des puces
porteuses de la peste qui sévit de nouveau dans la Réserve... A l'endroit précis du meurtre du policier.
Perdu dans des considérations didactiques sur les maladies virales et bactériennes,
leur transmission à l'homme ou la description du travail de terrain des biologistes et autres agents des services de santé,
le récit peine à intéresser vraiment avant son dernier tiers.
Les familiers de l'œuvre peuvent voir clairement toutes les difficultés qu'éprouvent Hillerman pour faire exister le personnage de Jim Chee depuis
Les clowns sacrés.
De fait, le lieutenant intérimaire ne commence à vraiment prendre consistance qu'à la fin du livre, lors de la chasse au
premier aigle. Je n'inclus pas volontairement la scène entre un
hosteen Frank Sam Nakai mourant et Celui-qui-pense-lentement. Certes toute de pudeur et de retenue,
elle rappelle peut-être les limites d'un auteur blanc face à des choses aussi intimes que la mort
dans cette culture et
dans cette

relation
petit père-fils si particulière. Mais elle peut être aussi la confirmation qu'Hillerman ne souhaite plus
parler du monde navajo comme il le fit naguère ou qu'il n'en est tout simplement plus capable. Du coup, tout ceci est très artificiel.
Tony Hillerman se reporte donc sur Leaphorn, qui est son personnage préféré, mais qui est désormais
limité en action, tant par son retour à la vie civile que par le poids des ans. On passe donc pas mal de temps sur les routes
et on en apprend beaucoup - sauf si déjà connu - sur la menace virale qui nous détruira
sans doute tous. La présence de Louisa Bourebonette permet d'atténuer la rugosité du
Légendaire lieutenant mais ce
n'est guère très folichon... jusqu'au dénouement. Celui-ci pose la même question que dans le
roman précédent (
Un homme est tombé) : une juste cause peut-elle
justifier le meurtre ? Peut-on en sacrifier deux pour en sauver - éventuellement - des millions ?
Ami lecteur, à toi à présent de réfléchir sur la question.
Enfin, d'aucuns ont vu dans
Le premier aigle un plaidoyer contre la peine de mort. Si Hillerman
dénonce l'utilisation de cette dernière par des politiciens sans vergogne avides de suffrages, si
nos deux héros veillent à ce qu'un innocent ne soit pas injustement condamné - ce qui est loin d'être
toujours le cas, hélas ! - le plaidoyer s'arrête cependant là, le principe même de la peine de mort n'étant
jamais abordé par l'auteur. On a connu plus virulent et plus pugnace quand même...
Illustration de cette page : Aigle