Tony Hillerman
Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee (suite)
Le voleur de temps (1988)
Une anthropologue se trouvant illégalement sur un lieu de
fouilles croise une réincarnation de Kokopelli chantant "Hey Jude"... Pour oublier
le décès d'Emma et en attendant sa mise à la retraite, Joe Leaphorn part à la recherche
de cette anthropologue, maintenant disparue depuis plusieurs semaines. Son chemin finit
par croiser celui de Jim Chee. Des voleurs ont barboté sous le nez du Sergent des engins
de terrassement. Bien que déchargé de cette affaire par le Capitaine Largo, il a
continué à fouiner... Jusqu'à retrouver la pelle mécanique, le camion à plateau et le
cadavre des voleurs au milieu de ruines anasazis. Les deux policiers s'associent alors
pour démêler cette histoire qui n'a pas encore fini de compter ses morts.
Le voleur de temps est un pilleur de
sites archéologiques, nombreux sur tout le plateau du Colorado. Outre les périodes
paléo-indiennes déjà abordées dans le superbe Là où
dansent les morts (Folsom et Clovis sont deux sites du Nouveau Mexique), la zone
des Four Corners est connue comme étant le lieu où s'établit, aux alentours de l'an 1 000
avant notre ère, une population indienne de type pueblo, nommée par défaut anasazi
("ancien ennemi" en navajo), qui disparut soudai- nement et de façon très mystérieuse au
XIV° siècle (même si la recherche récente s'accorde à penser que les actuelles populations pueblos
descendent des anasazis). Si l'on a conservé le souvenir de ce peuple, c'est essentiellement par les
très nombreux et spectaculaires vestiges qu'il laissa, consistant en des ensembles
d'habitations entassées dans des failles de falaises (les plus connus étant Mesa
Verde - qui n'est pas situé sur la Réserve -, Canyon de Chelly et Chaco Canyon, qui regroupa
dans sa conurbation le long du canyon jusqu'à 30 000 habitants).Peuple sans passé, les Blancs américains éprouvent une attirance extraordinaire pour les cultures qui les précédèrent et, qu'éventuellement, ils détruisirent. Comme dans toutes les régions du monde, musées, chercheurs [1] et collectionneurs - ces derniers étant prêts à payer des fortunes - se disputent les pièces les plus rares tous en se moquant éperdument des lois. Le fait que les meurtres dans le roman aient tous pour origine la seule convoitise amoureuse et l'orgueil blessé, et que les vols, trafic et non-respect des morts soient motivés par le seul goût du pouvoir et de l'argent, rend encore plus terrible le portrait que Tony Hillerman fait de ces hommes. Qu'ils soient pieux dans la foi en Christ (Houk, Slick Nakaï), fils d'une aristrocratique famille de l'Est passé par les meilleures écoles du pays (Elliot) ou richissime et invalide collectionneur à New York, tous nous apparaissent, par contraste avec la simplicité navajo (qui méprise l'envie et la possession pour mieux se garantir de leurs conséquences violentes), pathétiques et à vomir...
L'histoire est entièrement dominée par la douleur de Joe Leaphorn et sa quête de nouvelles raisons de vivre après la mort d'Emma. De façon très pudique, Hillerman commence à dessiner l'amitié profonde qui va unir les deux policiers et qui débute ici par le respect que Leaphorn se découvre pour Chee. Ce respect ne s'adresse pas seulement au policier intelligent, tenace, astucieux. Il s'étend provisoirement à l'homme qu'a choisi d'être Celui-qui-pense-lentement et à qui Leaphorn va confier son retour parmi les siens, en demandant au jeune hataali d'accomplir pour lui Hózhó
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Illustration de cette page : Maisons anasazis dans les
falaises de Mesa Verde • Masque Yeibichai