Cycle Joe Leaphorn-Jim Chee
[8] Rappelons que dans la plupart des systèmes matriarcaux matrilinéaires, ce qui est le cas des Navajos, la seule vraie figure
masculine et d'autorité pour les enfants est le frère de la mère, qui se charge de leur éducation (ce qui est bien le cas ici avec Frank Sam Nakai), ce qui explique
sans doute en partie le caractère rétif de Chee à l'égard des autres figures masculines de son univers
(Leaphorn, Largo, les agents fédéraux).
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Tony Hillerman
Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee (suite)
Pour la suite de son cycle, Tony Hillerman va désormais associer ses deux policiers, ce qui
va nécessiter quelques ajustements. Leaphorn devient le
Légendaire Lieutenant,
respecté par tous et sans doute un peu craint, une figure tutélaire de la police tribale qui ne peut
que rendre mal à l'aise un Jim Chee dont nous connaissons à présent les difficultés avec l'autorité.
La méfiance entre les deux hommes va être palpable très longtemps, notamment parce que le
comportement d'apparence souvent erratique de Chee est en opposition totale avec le sens logique
de Leaphorn.

La volonté de Chee de concilier tradition et exigences du monde moderne sans rien perdre de l'héritage
culturel qui est le sien est bien sûr pour beaucoup dans ses indécisions et ses incertitudes. Leaphorn a déjà dépassé ce stade et Hillerman, dès
Porteurs-de-peau, modifie en profondeur le caractère
de son personnage par rapport à la trilogie initiale : le lieutenant n'est pas un traditionnaliste
et certains aspects de la pensée du Diné l'irritent au plus haut point (le rapport à la maladie
et donc aux principes de guérison du peuple, la superstition,...). Mais, attention, il reste un Navajo, agacé
par la condescendance
belagaana à l'égard de son peuple ou par l'image que celui-ci donne de lui
aux autres.
De
façon un peu abusive, et même s'il reconnaît rapidement l'intelligence de Chee, Leaphorn tend à classer celui-ci parmi ceux dont
l'entendement est, provisoirement ou constamment, voilé par des considérations culturelles proches, à ses
yeux, de l'obscurantisme. Chee est tout à fait ambivalent par rapport au jugement de Leaphorn, oscillant constamment
entre le dédain pour l'avis du lieutenant - marque d'un complexe d'infériorité qui ne veut pas dire son nom -,
et l'angoisse de n'être pas apprécié à sa juste valeur par lui. [8]
Pour préserver la dynamique de cette opposition générationnelle, culturelle et psychologique, Tony Hillerman a
la grande intelligence de ne pas rendre permanente l'association des deux flics. Vivant et travaillant à deux
cent kilomètres de distance, ils ne se retrouvent qu'au hasard d'enquêtes qui, bien souvent,
n'ont pas de liens préalables. Ceci nous permet de suivre deux façons de travailler différentes et, lorsque
la jonction est faite, de profiter de deux points de vue différents sur l'affaire, deux niveaux d'appréhension
de la réalité tout à fait passionnants.
Illustrations de cette page : Femme navajo en costume traditionnel