Cycle Joe Leaphorn-Jim Chee
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Liste des romans commentés
[6] Les Hopis (Hopitu, le peuple paisible) se sont installés en Arizona aux alentours
de 500 avant notre ère. L'arrivée des Navajos dans la région est beaucoup plus récente, XV° siècle environ, en
provenance des zones athapascanes de l'Ouest du Canada. Le territoire historique hopi s'est trouvée englobé dans
la réserve navajo, à l'ouest de celle-ci, la région périphé- rique aux trois mesas hopies devenant une zone commune
source de nombreuses frictions. Au début du roman, la plus grande partie de ces terres communes sont définitivement rendues
aux Hopis, obligeant au départ une dizaine de milliers de Navajos.
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Tony Hillerman
Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee (suite)
Désireux de mettre la main sur l'homme qui sabote un moulin sur les
anciennes terres communes Hopi-Navajo, Chee est présent lorsqu'un
petit avion, certainement de passeurs de drogue, se crashe en plein
nuit au fond d'un wash proche. Il n'a pas vu l'accident mais est
témoin de bien des choses ensuite - meurtre, disparitions - ce qui le
rend immédiatement suspect aux yeux d'un agent de la DEA qui voudrait
bien récupérer la marchandise. Ajoutez à cela le cambriolage d'un
comptoir d'échanges proche par un repris de justice navajo et la
découverte, sur Black Mesa d'un cadavre décomposé dont le Sergent
doit déterminer l'identité ! Mieux vaut pour Chee passer beaucoup de
temps sur le terrain, au contact d'une culture hopi qui continue de
considérer les membres du Diné avec méfiance et dans le vosinage de
blancs qui se soucient fort peu de la vie humaine...

Ces
multiples affaires, qui comme les arroyos après l'orage convergeront
pour n'en faire qu'une, obligent Chee à être en permanence sur le
terrain, dans la splendeur désertique de l'ouest de la Grande
Réserve, sur les terres autrefois disputées entre
Hopitu
et
Diné [6]. En
l'y voyant vivre, nous comprenons mieux comment et pourquoi le navajo
traditionnaliste qu'il est fonctionne pour trouver l'harmonie
en et
avec toute chose. Les rituels qui parsèment sa
vie quotidienne et sa recherche de la vérité en tant que policier
sont deux facettes d'un unique but : rendre la sérennité au monde, ne
laisser aucune question sans réponse, faire disparaître tout ce qui
peut perturber la vie du Peuple.
Tout ceci est accompli avec une lenteur obligée, née tant des dangers
et besoins de l'enquête que du rythme propre à la pensée navajo, qui est très
bien rendue par l'écriture de Tony Hillerman. Ce
temps suspendu est d'abord celui du respect : la nature ne livre les
traces que lorsqu'elle le souhaite, il faut savoir l'attendre avec
patience. Le vieux gardien hopi du sanctuaire n'accepte de parler que
quand il le le juge bon, quand la confiance est suffisante, quand les
oreilles et le cœur sont prêts à entendre. Tout ceci est très
naturel pour Chee, beaucoup plus que le respect qu'il doit, en tant
que policier, aux différentes autorités (Largo, les policiers
fédéraux). De cette inaptitude, de cette insoumission, viendront la
plupart de ses problèmes, présents et à venir.
Récit policier et vie navajo se mêlent avec bonheur dans ce livre, le
tragique point culminant de l'histoire étant mis en scène avec une
virtuosité toute cinéma- tographique par Hillerman. La pluie d'orage
appelée par les peuples pueblos, qui s'abat sur la mesa lors de
l'affrontement final, donnera à nouveau l'espoir de la vie et
nettoiera
le vent sombre, ce souffle mauvais qui envahit le
cœur des hommes et qui les pousse à contrevenir à l'harmonie et à la
Beauté du monde.
Illustrations de cette page : Village hopi au sommet d'une mesa •
Hogan chindi