Accueil > Cycles > Hillerman
Tony Hillerman
Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee (suite)
Le sergent Jim Chee vient d'être nommé à la sous-agence de Crownpoint
de la Police Tribale. Il attend là son prochain départ pour
l'académie du FBI, en Virginie, dont il a réussi le concours
d'entrée. La femme d'un célèbre millionaire fait appel à lui pour
retrouver un coffre de souvenirs qu'un voleur a dérobé dans sa
maison, car cela aurait trait à la religion dont Chee serait un
spécialsite. Le sergent se retrouve plongé au coeur de rivalités
anciennes et de disparitions récentes. Amené à s'intéresser à l'une
des chapelles du culte du peyotl, son chemin croise bientôt celui de
Mary Landon, la jolie et blonde institutrice de Crownpoint mais aussi
celui d'un tueur à gages particulièrement dangereux. Bientôt, Mary et
lui vont devenir la cible du sociopathe.
Le Jim Chee que nous propose Hillerman pour cette première aventure [4]
n'a pas encore son profil définitif même si l'on trouve déjà en lui
ce personnage prisonnier entre deux mondes, celui de la tradition
navajo qu'il tente de suivre en devenant
hataali et celui de
la modernité amerlocaine, blanche, symbolisée par sa possible entrée
à l'académie du FBI et sa rencontre avec son premier flirt,
l'institutrice Mary Landon. Comme dans le premier Leaphorn, Tony Hillerman
nous propose une opposition radicale entre le point de vue navajo -
donné par Chee - et la culture blanche et ses "valeurs" portées par
les Vines, le shérif Gordo Sena et évidemment Mary.
Mais le personnage central du roman reste le tueur, Colton Wolf le
bien-nommé [5], machine à détruire sans scrupules qui se
présente comme l'antithèse de Chee. Ce prédateur blanc tue sans autre
nécessité que l'argent, qui lui sert à poursuivre le rêve d'une mère
aimante d'autant plus inaccessible qu'elle n'a jamais existé comme

telle. Il vit seul, totalement isolé du monde, corseté dans un
ensemble de règles et de rituels maniaques qui n'ont d'autre intérêt
que de lui faire croire à sa sur-puissance par le contrôle qu'il
aurait sur et de toutes choses.
Jim Chee vit lui aussi dans un
ensemble de règles qu'il évoque à toute occasion, mais ces règles
sont là pour lui rappeler la raison de sa présence dans l'univers,
les conditions de son union avec lui, dans son clan, dans son Peuple.
Dans la longue traque qui va mêler le destin des deux hommes, Jim
Chee n'est jamais seul. Ce sont toute la sagesse, la force, le
courage et l'habileté du Peuple qu'il peut invoquer par un chant, la
communion avec la beauté d'un paysage, une trace inhabituelle, une
chouette qui s'envole sans raison apparente...
Le
peuple des Ténébres fait référence à la petite secte
d'adorateurs du peyotl, créée autour de Dillon Charley. Mais on
pourrait tout aussi bien nommer ainsi l'ensemble des protagonistes
blancs de cette histoire, adorateurs du dollar et meurtriers...
Illustration de cette page : Navajo