Cycle Joe Leaphorn-Jim Chee
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Liste des romans commentés
[3] Par exemple, la question que se pose Leaphorn concernant le tabou
de la belle-mère chez les Navajos (le beau-fils construit son
hogan le plus loin possible de sa belle-mère car leur
promiscuité est source de conflits potentiels) qui n'existe pas du
tout dans les cultures pueblos (où l'on ajoute une pièce
supplémentaire à la maison de la mère pour accueillir la fille et son
mari). C'est seulement en étudiant la façon dont les sociétés pueblos
gèrent l'émergence possible des conflits et de la violence, en
enfermant leurs membres dans une structure ossifiée de sujétions
claniques et religieuses, qu'on peut le comprendre.
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Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee
Deux adolescents disparaissent aux abords du pueblo Zuñi alors que
l'un d'entre-eux devait incarner le Petit Dieu-du-Feu lors des
cérémonies de Shalako. L'autre est un jeune Navajo un peu bizarre qui
nourrissait le projet de devenir Zuñi. La seule trace trouvée par les
enquêteurs est une considérable quantité de sang qui laisse présager
le pire. On demande au lieutenant Leaphorn de tenter de localiser le
jeune membre du Dinee. Le policier navajo va d'abord entrer en
contact avec un archéologue qui mène des fouilles près du pueblo et
que les enfants visitaient souvent. Puis il se rend dans une
communauté de hippies voisine où il va faire une très étrange
rencontre...
Avec Leaphorn seul personnage principal, l'écriture d'Hillerman
trouve son équilibre. Comme le lieutenant nous donne en permanence le
point de vue navajo sur les choses, la "matière" culturelle et
ethnographique est délivrée en continu (et non confinée à certains
espaces du livre comme dans le précédent volume). L'auteur a
certainement aussi modifié son ambition : il nous en dit à la fois
beaucoup plus que dans
La voie de l'ennemi sur la perception
navajo du monde mais il laisse de côté, pour l'instant, les aspects
cosmogoniques complexes les expliquant. Ceux-ci viendront, en leur
temps dans d'autres livres, ou pas du tout. Tony Hillerman entend ne pas
justifier intellectuellement toutes les choses : il les donne à lire
et nous les prenons (ou non, et libre au lecteur de se documenter
autre part [3]) comme une composante de l'individu dont
nous suivons l'histoire. Comme Leaphorn est à la fois un
traditionnaliste et un pragmatique, qu'il a déjà fait la synthèse
entre l'interdépendance des effets et des causes de la métaphysique
navajo et la logique rationnelle de la pensée occidentale, il est le
passeur idéal vers ce monde.
Le fait que l'action se passe en dehors de la Grande Réserve permet
de présenter le matériel ethnographique de façon beaucoup plus
dynamique, en plaçant souvent simplement en opposition les points de
vue navajo, zuñi et
belagaana. Trois sociétés, trois
systèmes de pensée et surtout de valeurs totalement différents. La
religiosité extrème de la culture Zuñi, qui fascine proprement
Leaphorn, est diamétralement opposée au point de vue des hommes
blancs - symbolisé par les archéologues - et qui semble ne connaître
de richesse qu'or ou prestige. L'ambition démesurée de Reynolds et
d'Isaac paraît encore plus dérisoire... Dès lors, les motifs
policiers peuvent être tissés dans cette importante matière, en
prendre même la (les) couleur(s). L'histoire criminelle est, ici,
tout à fait à la hauteur et le cœur humain, bien noir...
Illustration de cette page :
Shalako incarné par un danseur zuñi