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Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee
Pour avoir donné un coup de couteau à un homme lors d'une rixe, un
jeune Navajo nommé Horseman se cache quelque temps dans la zone
désertique proche de son clan. Quelques jours après que le lieutenant
Leaphorn, de la police tribale navajo, ait fait passé le message que
l'homme blessé était tiré d'affaire et que Horseman ferait mieux de
prendre contact avec la police, le corps du jeune homme est retrouvé
sur le bord d'une route, très loin de l'endroit où il s'était caché.
Leaphorn et son ami, le professeur McKee, doutent que cette mort soit
très naturelle d'autant que, dans le même temps, la rumeur de la
présence d'un Porteur-de-peau enfle dans ce coin de la
Réserve.
Ce premier roman de Hillerman n'est vraiment pas la meilleure façon
d'entrer dans le cycle. Il ne fut d'ailleurs publié qu'assez
tardivement chez
Rivages (en sixième position) et quatre ans
après
Là où dansent les morts, véritable point de départ de
l'œuvre. En effet, et à la relecture c'est encore plus évident,
La
voie de l'ennemi est une histoire de blanc en Terre indienne (en
l'occurence, le vrai héros est le Professeur McKee, Leaphorn - le
flic navajo - est un seconde rôle, important mais second rôle quand
même) qui souffre de nombreux défauts.

On sent rapidement que Tony Hillerman se laisse envahir par tout ce qu'il
a à dire sur la culture navajo, sur les paysages de la Réserve, sur
les façons d'y vivre. Cette densité d'informations (pas toujours très
justes) étouffe dès les premières pages, qui voient un Horseman, en
total décalage avec ses racines, tenter d'organiser sa survie sur les
contreforts des Lukachukai. Comme peu d'explications figurent
finalement en annexe, le lecteur se trouve submergé de références à
la cosmogonie, aux tabous, au mode de vie navajos qui peuvent se
montrer fort décourageantes. La description des derniers moments
de
'Anaa'jí (la Voie de l'ennemi), plat de résistance "culturel",
est tout à fait artificielle, comme un compte-rendu de brochure touristique. Par la suite, sans en dire
beaucoup plus, Hillerman trouvera un ton plus convaincant pour nous
décrire ces cérémonies. Toute la scène finale dans le canyon des
Ruines-nombreuses est, par contre, parfaitement réussie et montre les
dispositions d'Hillerman pour conduire un suspense et son habileté à
utiliser les espaces pour y déployer son action.
La couleur locale est donc là mais l'alchimie qui va faire
l'exceptionnelle qualité de l'œuvre d'Hillerman - quand il se mettra
au service de cette culture et pas l'inverse - n'est pas encore
trouvée.
Illustration de cette page : Jeune navajo