Accueil > Cycles > Dexter
Colin Dexter
Les enquêtes de l'inspecteur Morse (suite et fin)
Un étrange poème transmis à la police relance une affaire non résolue
depuis un an : celle de la disparition d'une jeune touriste suédoise.
Sur suggestion de Strange, le poème est publié dans le Times
et, bientôt, toute le Royaume tente d'en percer la mystérieuse
signification. Morse, qui s'ennuie à mourir en vacances à Lime Regis,
apporte son grain de sel anonyme en orientant les recherches vers le
bois de Whitam, jusque là délaissé par la police. Rentré à Oxford, il
est officiellement chargé de l'enquête. Quelques heures plus tard, un
corps est découvert dans le bois...

L'enquête, dans sa
première moitié, est rythmé par les différentes solutions publiées
dans le
Times et l'insertion de pages étranges en provenance
d'un journal intime, impossible à identifier. Morse, pendant son
congé et par un hasard comme il ne s'en produit que dans les romans,
fait la connaissance de personnes qui seront liées à l'affaire par la
suite. De plus en plus nombreuses à mesure qu'avance l'enquête, ces
personnes ont toutes quelque chose à cacher, ce que Dexter nous
rappelle sadiquement à la fin de chaque chapitre. Tout le monde ment
mais cela n'a pas l'air de troubler Morse qui, pour une fois, ne tire
aucun plan sur la comète mais semble prévoir, comme dans une partie
d'échecs, plusieurs coups à l'avance ce qui va se passer. On se
laisse donc, comme souvent, mener par le bout de l'intuition sur les
chemins choisis par l'auteur et son irascible inspecteur. Et on
comprend mieux l'assurance de Morse dans cette enquête à la lecture
des dernières pages. Sacré Dexter !
Le meurtre du Felix McClure, fellow de Mosley College tient en échec la police
de Thames Valley. Pas d'arme, pas de mobile, pas de suspect... c'est le
crime idéal pour l'irrascible inspecteur principal et son sergent, à qui Strange demande
de reprendre l'enquête. Morse et Lewis découvrent bien vite que le distingué
professeur recevait chez lui une jeune femme d'un genre un peu particulier.
Mais, le nom de McClure apparait également à propos d'une affaire de drogue au sein de son College,
qui vit le suicide d'un étudiant. D'humeur badine et romantique, Morse
préférerait plutôt suivre la piste de la femme mais l'enquête semble plus prometteuse côté
narcotiques... Mais peut-être tout ceci se rejoint-il ?
Le nouveau principal de Lonsdale College doit bientôt être désigné
par ses pairs. Mais l'obscurité des règles latines antiques présidant
à cette élection n'est pas le seul obstacle que vont rencontrer les
deux candidats, bien aidés par des épouses dévouées corps et âme à
leur cause (plus corps que âme, à vrai dire). La police va bientôt
s'intéresser à tout ceci, après la découverte du meurtre d'une jeune
physiothérapeute (maîtresse de l'un des candidats), peut-être tuée à
la place de son voisin, un journaliste plutôt bien informé sur ce que
tous ces gens tentent de dissimuler.
Morsien inconditionnel, j'aime beaucoup ce livre. Il
concentre, avec la légèreté d'écriture habituelle de Dexter, une
excellente énigme policière, un nouveau portrait sarcastique des
moeurs universitaires et l'expression de sentiments qui jusque là
avaient été profondément enfouis. Morse se rend compte, alors qu'il
est peut-être trop tard, de l'affection que lui porte son entourage :
Lewis bien sûr, mais aussi des personnages aussi différents que le
surintendant Strange, la jeune secrétaire Jane ou même la nurse
McQueen, qu'il va rencontrer lors de son séjour aux urgences du
Radcliffe. A mesure que sa santé se détériore, Morse va devenir plus
humain, plus fragile et c'est peut-être pour cela aussi... qu'il ne
changera pas d'un iota ses addictions, malgré un pancréas qui ne
fonctionne plus et un diabète qui explose. Aimé, aimant, résolvant
ses énigmes et buvant toujours les meilleures bières d'Oxford... ce
livre aurait pu clore de façon satisfaisante et heureuse le cycle des
enquêtes de l'Inspecteur Morse. Mais Colin Dexter en décidera
autrement...
Un an a passé depuis la mort de la très sensuelle infirmière
Harrison, retrouvée chez elle nue et menottée sur son lit. Les alibis
parfaits de tout son entourage mettent en échec le CDI de Thames
Valley. Strange demande a Morse de reprendre l'affaire à la suite de
nouvelles informations qui lui ont été communiquées. Morse refuse
catégoriquement de s'en mêler, à la grande surprise de Lewis qui
doit, pour cette enquête, faire équipe avec le surintendant. Mais le
sergent se rend compte très vite que, où qu'il aille, l'inspecteur
principal est déjà passé...

Il est difficile de suivre
tranquillement cette affaire quand on sait qu'il s'agit de la
dernière. Colin Dexter réussit néanmoins à lier par plus d'un fil les
deux trames, celle des enquêtes (car plusieurs cadavres vont venir
rejoindre celui de la nurse Harrison) et celle de l'agonie de
l'inspecteur principal, abordée avec une délicatesse et une pudeur
d'écriture extrême. Morse est tout à fait conscient qu'il vit là ses
derniers jours, il agit en conséquence, savourant le moindre verre de
pur malt, la moindre pinte de bière brune, mettant en ordre ses rares
affaires, couchant sur le papier la solution des différentes énigmes,
au cas ou... Dexter multiplie les effets tendant à montrer que la
collaboration entre Morse et Lewis a eu des effets bénéfiques quasi
symbiotiques pour chacun des compères : Lewis s'essaie à la
maïeutique, au Glenfiddish et au complexe de supériorité tandis que
Morse met en application les principes d'une bonne enquête policière
et le classement des preuves (enfin, jusqu'à un certain point). Ceci
permet une nouvelle fois au tandem de progresser dans la découverte
de la vérité.
Ami fidèle, Lewis est rapidement au chevet de Morse lorsque celui-ci
est emmené pour la dernière fois aux urgences du Radcliffe. Et
l'émotion nous gagne quand le sergent visite l'appartement de
célibataire d'Oxford Nord juste après le décès : il reste finalement
si peu de choses de la vie de l'être exceptionnel et secret qui vient
de s'éteindre. Le sergent bouclera l'enquête seul et de façon
machinale, avec toutefois un poids sur le coeur : il ne digère
toujours pas le manque absolu de confiance de Morse, qui lui aura
caché jusqu'au bout son rôle réel dans la vie de la nurse Harrison et
une vilaine manipulation d'indices. Les dernières lignes lèveront cet
ultime mystère et Lewis pourra alors se laisser aller à son extrême
douleur...
Illustrations de cette page :Enseigne du Trout
Inn de Wolvercote, où conspirèrent les protagonistes de A travers
bois • Enseigne de l'un des derniers pubs fréquenté par
Morse
Les musiques écoutées durant l'élaboration de ces pages :
Morse est mélomane et nous partageons quelques passions. Mon
programme musical fut donc tout entier calqué sur les habitudes de
l'inspecteur principal. L'écriture de ces pages ayant pris de longs
jours, l'espace sonore fut à plusieurs reprises occupé par Die
Walküre de Richard Wagner, dans la version Solti de 1966 : Régine
Crespin y est une très belle Sieglinde et Birgit Nilsson une
Brünnhilde d'un autre monde. La version 1958 de Das Rheingold,
toujours par Solti, compléta l'effort que j'étais prêt à entreprendre
côté Ring. J'y ajoutais toute une série de lieder : Wolf
(Schwarzkopf et Fürtwangler en 1953, Schwarzkopf, Fisher-Diskau et
Moore en 1974), Schubert (la version Prégardien des Mayrhoffer
Lieder de 1996, le Winterreise gravé par
Fisher-Diskau en 1966), et les Sieben frûhe Lieder de Berg
donnés par Madame Von Otter en 1995. Enfin, pas mal de Bruckner
(notamment les trois messes et le Te Deum gravés par Jochum en 1987)
et même quelques airs du Mikado de Gilbert et Sullivan,
souvent évoqué par Dexter, dans une version Mackerras de 1992.