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Colin Dexter
Les enquêtes de l'inspecteur Morse (suite)
Pendant la bataille d'El Alamein, le caporal Gilbert est obligé de
laisser mourir un conducteur de tank coincé dans sa machine, sur
ordre d'un officier, le lieutenant Browne-Smith. Or, Gilbert est
persuadé qu'il s'agissait de son jeune frère. De nos jours, Morse
apprend en déjeunant avec le principal de Lonsdale College que le
professeur Browne-Smith semble avoir disparu. Il est vrai que le
dernier message laissé par Smith défie toutes les lois de
l'orthographe et de la grammaire réunies ! Quelques jours plus tard,
le tronc d'un homme est repêché près d'Oxford. Même si toute
identification est impossible, Morse est persuadé qu'il s'agit là
d'un professeur d'université.
Haines et désirs de vengeance, passé et présent s'entrecroisent dans
ce récit terriblement complexe, dominé par l'intelligence diabolique
de Browne-Smith qui défie, au-delà de sa mort, celui qui fut l'un de
ses élèves. Car on apprend, au détour de cette noire histoire,
quelques éléments fort touchants sur la carrière universitaire
avortée de Morse. Lui aussi aimerait bien faire de nouveau face à son
passé mais il va plutôt rester, tout le roman, devant un corps
démembré qu'il est incapable d'identifier avec certitude avant les
dernières pages. Tout ceci est machiavélique à souhait mais on s'y
perd un petit peu quand même. Lewis fait preuve de pas mal
d'initiatives plus que judicieuses pour faire avancer l'enquête
pendant que Morse discute sans le savoir avec le coupable d'un crime
(dont il ravage la scène par son inconséquence) et refuse de passer
la nuit avec celle qui, malheureusement, n'est pas le fantôme de son
passé.
Alors qu'elle est partie à un enterrement, un homme découvre que sa
femme lui est infidèle et qu'elle est menacée par son amant. Un plan
germe lentement dans son esprit... Quelques jours plus tard, le
réveillon du jour de l'an bat son plein à l'hôtel Haworth. Le
thème de la soirée déguisée est le mystère venu de l'Est et
c'est un invité habillé en Rastafarian qui emporte le premier prix.
Le lendemain, il est retrouvé mort dans la chambre de l'annexe de
l'hôtel qu'il occupait avec celle qui s'était inscrite comme son
épouse et qui a mystérieusement disparu.
Le prologue de cette nouvelle affaire est relativement long, près
d'un tiers du livre avant que l'enquête ne commence vraiment. Ce
temps, Dexter le met à profit pour nous décrire tous les préparatifs
de la fête, traçant pour notre plus grand régal de savoureux
portraits des invités, dans un style très
waughien (1). Point
culminant de cette première partie, la confrontation des deux
compères, Morse et Max, duel pour de rire et qui se termine, comme
dans le livre précédent... au pub le plus proche.
La seconde partie
du livre, un autre tiers, est consacrée à l'enquête assez classique
que vont mener Morse et Lewis, l'humour continuant de dominer les
débats. Arrive le moment attendu de tout lecteur, celui où
l'inspecteur-chef dévoile tous les dessous de l'affaire. Bizarre,
tout lecteur attentif arrive facilement aux mêmes conclusions que
Morse (ce serait bien la première fois). Pourquoi alors reste-t-il
encore un tiers du livre si l'affaire est réglée ? Parce qu'elle ne
l'est pas,
of course... Le rythme va donc s'accélerer pour
trouver la vérité. Lewis montre dans cette dernière partie de bonnes
dispositions à la logique déductive mais, comme le rappelle Morse, on
ne peut pas tout résoudre par la logique. Malgré une traduction
passable (voire médiocre), un excellent cru.
Coincé au John Radcliffe Hospital où ses différents excès et
un ulcère à l'estomac l'ont entraîné, Morse reçoit la visite de son
fidèle Lewis qui lui donne, dans l'ordre : une bouteille de sirop
d'orgeat, un livre historico/statistique portant sur les crimes dans
l'Oxfordshire au XIX° siècle, un roman érotique et, in fine et
en catimini, une flasque de whisky. Cet inventaire sera complété par
une plaquette à compte d'auteur qu'une vieille veuve de colonel lui
remet, presque dans un rêve. Très vite déçu par le roman érotique,
Morse se passionne bientôt pour cette plaquette narrant une mort
étrange survenue, plus d'un siècle auparavant, sur le canal d'Oxford
à Londres. Peu satisfait des conclusions de l'auteur, il entreprend
alors de chercher la vérité, aidé en cela par la charmante fille de
son voisin de chambre, bibliothécaire à la Bodléienne.

Ce livre me fait penser à la fois à
Roseanne de Sjöwall et
Mahlöö (pour les circonstances - la mort sur un canal d'une femme jugée de mauvaise vie - et
l'étrangeté du lien unissant l'enquêteur et la victime)
et à
Les meurtres de la Tamise *, l'enquête historico-policière
de P.D. James qui avait réellement interrogé des documents du XIX°
siècle pour démêler ce qui était resté jusqu'alors une énigme.
Mort d'une garce est le récit le plus court de la série et il
est bardé de récompenses, toutes méritées. Alors que son corps est au
repos forcé, l'esprit presque sobre de Morse analyse méthodiquement
tous les points posant problème dans le récit fait par le colonel,
puis reconstitue - au delà de cet unique témoignage - ce qui s'est
réellement passé ce jour-là ; contrairement à ses autres enquêtes,
Morse n'est pas soumis aux bruits extérieurs (qui lui font
d'ordinaire chevaucher les hypothèses les plus folles) ni à l'atroce
exigence des preuves... Comme toujours, l'écriture de Dexter est un
vrai régal d'intelligence, de légèreté et d'humour. Comme toujours,
Morse trouvera la solution, qu'un rapide pélerinage en Irlande lui
permettra de confirmer.
Un groupe de retraités américains parcourant le circuit Villes
historiques d'Angleterre arrive à l'hôtel Randolph
d'Oxford. Le séjour dans la ville universitaire doit être marqué par
la remise d'une pièce d'orfèvrerie saxonne du VIII° siècle que doit
faire Mrs Laura Straton - au nom de son premier mari défunt - à
l'Ashmoleum Museum et à son conservateur spécialiste des antiquités
anglo-saxonnes, le Dr Theo Kemp. Hélas ! la généreuse donatrice
décède dans la demi-heure suivant son installation et le bijou
disparaît. Morse et Lewis arrivent rapidement sur les lieux mais tant
le médecin du Randolph que le légiste Max confirment que Mrs
Straton est morte d'un banal infarctus. Dès lors, malgré les
mensonges que certains lui ont débité en matière d'alibi, Morse se
désinteresse du vol, estimant que l'arrestation d'un voleur est
au-delà de ses compétences. Pourtant son intérêt va revenir dès le
lendemain, lorsque l'on découvrira dans la rivière le corps nu et
manifestement assassiné du Docteur Kemp.
Une jeune divorcée portée sur la bouteille va troubler les sens d'un
Morse étonnamment (presque) sobre, pour une fois, dans une affaire
extrèmement complexe. L'inspecteur-chef subodore un lien étroit entre
le vol du bijou et le meurtre mais il n'écoute pas cette intuition et
part, comme à son habitude, sur une fausse piste mettant en scène un
mari jaloux. Nullement décontenancé en constatant son erreur, il
persiste à multiplier les hypothèses jusqu'à revenir
in fine à
son intuition première. Des indices minuscules et très bien
dissimulés tout au long du récit ne permettent pas vraiment
d'anticiper un final très agathachristien. Admiratif devant
l'intelligence morsienne mais un peu déçu de n'avoir vraiment été que
spectateur...
Colin Dexter : Les enquêtes de l'Inspecteur Morse Page 4 >
Illustrations de cette page : Tank et
infanterie à El Alamein • Florence Nightingale