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Les enquêtes de l'inspecteur Morse (suite)
La disparition énigmatique d'une jeune fille, dossier dormant depuis
deux ans, fait brutalement surface à la suite de deux évènements. La
jeune fille a enfin donné de ses nouvelles à ses parents et
l'inspecteur chargé du dossier a trouvé la mort dans un accident de
la circulation alors qu'il rentrait de Londres après avoir
certainement trouvé quelque chose de capital pour l'affaire. Strange
demande à Morse de découvrir ce que cache tout cela... Morse est tout
à fait certain qu'elle est morte depuis longtemps alors que Lewis est
persuadé que la jeune fille fait sans doute la vie à Londres... Notre
fine équipe va donc reprendre l'enquête qui passe d'abord par le
lycée de la disparue puis par une boîte de strip-tease de Soho.
Bientôt l'un des protagonistes de l'affaire est retrouvé assassiné.
Les deux affaires sont-elles liées ?
"Pour être honnête, monsieur, je crois que vous inventez tout au
fur et à mesure que vous parlez." C'est ainsi que Lewis accueille
le résumé de l'enquête que lui fait Morse à mi-chemin. Pourtant
l'inspecteur s'est essayé à une certaine rigueur dans cette affaire
et il a deviné beaucoup de choses. Mais deviner n'est pas prouver...
Si Morse avance si pitoyablement sur ce cas, c'est parce qu'il n'est
pas capable de choisir entre le meurtre et la disparition, passant de
l'un à l'autre et adaptant ses théories fumeuses en fonction des
évènements. Du coup, il a toujours un coup de retard sur le coupable
et il faut toute la volonté de Lewis titillant son orgueil pour que
Morse n'abandonne pas et soit capable d'expliquer le déroulement des
faits.
Malgré sa surdité, Nicholas Quinn est embauché au Syndicat des examens à l'étranger,
qui se révèle très vite être un véritable nid de vipères. Quelques temps plus tard,
Quinn est retrouvé mystérieusement assassiné. Qui pouvait bien en vouloir à cet homme
si discret, voire insignifiant ? Plongés jusqu'au cou dans les mensonges des uns, des
autres et des copies d'examen suspectes, Morse et Lewis découvriront que, bien que sourd,
Quinn avait su entendre de biens vilains secrets...
L'histoire est en partie autobiographique. Atteint de surdité, Colin Dexter avait,
en effet, été dans
l'obligation de quitter l'enseignement secondaire (il professait le grec et le latin dans des
établissements des Midlands) pour prendre un poste au Centre des Examens de l'Université et
s'installer définitivement à Oxford en 1966.
Je ne sais si les collègues de Dexter se sont reconnus dans les portraits au vitriol
tracés dans
Les silences du professeur mais tout ceci est très réjouissant. On en
apprend évidemment beaucoup sur ce système d'examens à l'étranger par lequel la Grande-Bretagne continue
de maintenir son rayonnement culturel, à défaut à présent de voir le soleil se lever et se coucher sur
toutes ses possessions. Comme la mauvaise humeur de Morse face aux mensonges de ces universitaires
(qui seront, il faut le reconnaître, les proies favorites de notre auteur tout au long de son œuvre) est très drôle, cela passe comme une lettre à la poste.
L'église de St Frideswide abrite de drôles de paroissiens !
L'organiste couche avec la femme du marguillier pendant que ce
dernier vole l'argent de la quête et semble vivre une aventure
discrète avec la femme s'occupant du ménage de l'église. Des rumeurs
de pédophilie court sur le compte du pasteur qui accueille d'étranges
créatures dans son presbytère... Rentrant d'une mission à l'étranger
et devant faire face à quinze mornes jours de congés, Morse tombe sur
d'étranges affaires concernant nos paroissiens : le marguillier est
mort poignardé à la fin de l'office alors qu'il avait suffisamment de
morphine dans le corps pour l'envoyer ad patres. Quant au
pasteur, il est tombé du haut de son clocher un mois plus tard. C'est
suffisant pour occuper les vacances de Morse. Encore faut-il qu'il
réussisse à débaucher son sergent préféré. Celui-ci est ravi de faire
à nouveau équipe avec l'inspecteur-chef sauf que leurs premiers pas
les mènent vers un troisième cadavre dans l'église et qu'il n'est pas
certain que celui-ci soit le dernier !
C'est un roman bien plus noir, bien plus dur que les autres, sans
doute parce que les sarcasmes habituels de Morse, du fait du lieu et
de la nature des crimes, sont moins de mise. Pour le premier cadavre,
il y a trop de mobiles et trop de suspects. Au cinquième cadavre,
s'il existe encore un suspect, Morse se demande bien où il va le
trouver. Quant au mobile ! Aussi décide-t-il de forcer le destin en
tendant un piège, sans songer un seul instant que la liste des
victimes n'est peut-être pas close... Les colères et les abattements
de Morse deviennent de plus en plus intenses et fréquents, Lewis
doutant même de l'intérêt de travailler avec un être aussi méchant et
ingrat. Le bonheur des dernières lignes n'efface pas la dureté des
crimes commis et le vertige devant la folie meurtrière qui
rôde.
Rendant une visite non prévue à une jeune femme avec qui il avait
plus que sympathisé six mois plus tôt, Morse va se retrouver pris
dans un engrenage kafkaïen. N'est-il pas le dernier a avoir été vu
entrant chez la victime ? Car la belle Anne Scott a été
retrouvée pendue deux heures après l'étrange visite de Morse. Suicide
? Meurtre ? L'inspecteur Bell est chargé de l'enquête mais c'est
Walters, un policier plutôt fûté rêvant de résoudre l'affaire, qui va
mener avec dynamisme et intelligence les premières investigations.
Seulement voilà, la mort à Oxford n'est jamais simple. Elle se situe
toujours au-delà des apparences et seul le couple Lewis-Morse pourra
résoudre l'énigme de Canal Reach, après qu'un meurtre ait été commis
juste en face du domicile de défunte.

Il y a un moment savoureux
dans le livre, celui où Morse déclare à Lewis que le responsable de
la mort d'Anne Scott est... Sophocle et qu'il entreprend de lui
expliquer sur plusieurs pages, de façon magistrale et pédante, ses
variations sur le
fatum. Très satisfait de lui, Morse laisse à
Lewis le soin de vérifier les indices corroborant sa géniale thèse.
Deux heures suffisent au sergent pour les trouver et faire
s'effondrer la construction et le moral morsien.
Et c'est là que l'on comprend la nature réelle du lien entre les deux
hommes. Comme l'avait noté Dexter quelques pages plut tôt :
"Morse
sut pourquoi il avait tant besoin de Lewis à ses côtés. C'était un
être si entier, honnête, sans prétention, presque humble dans son
expérience et sa philosophie de la vie. Un homme attachant, un homme
bon." Devant cet homme bon, Morse peut être lui-même, y compris
dans le plus grand ridicule : jamais Lewis ne le jugera, jamais cela
ne portera à conséquence dans leur relation. Et le sergent peut bien
douter en permanence des hypothèses de l'inspecteur-chef, il ne
doutera jamais que Morse soit le seul capable de résoudre l'affaire.
Dans cette alliance des contraires, quelle meilleur définition de
l'amitié ?
Colin Dexter : Les enquêtes de l'Inspecteur Morse Page 3 >
Illustrations de cette page : L'église St Giles • L'église St Barnabas à Jéricho