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Les enquêtes de l'inspecteur Morse

L'histoire raconte que Colin Dexter - diplômé de Cambridge et ancien
enseignant de grec et de latin - dépité par la médiocrité d'un roman
policier qu'il venait de lire, décida de se lancer dans l'écriture,
certain qu'il pouvait faire bien mieux. Il créa donc l'inspecteur
Morse, enquêteur criminel au CID de
Thames Valley, personnage
intelligent, fantasque, misan- thrope, alcoolique, mélomane et
libidineux, un caractériel autant qu'un caractère. Un tel homme ne
pouvant fonctionner très longtemps seul dans un service de police (et
dans la vie ?), Dexter le flanqua d'un docteur Watson nommé Lewis,
sergent de son état.
Si Morse est lunaire et lunatique, Lewis est un terrien routinier, le
tâcheron indispensable du duo, dont la conception du bonheur oscille
entre les oeufs sur le plat et les frites que lui prépare
amoureusement Mrs Lewis et son association avec le "grand homme". Le
fonctionnement et l'évolution de ce couple antinomique constitue le
fond passionnant de ces treize enquêtes, toutes habilement troussées
et épicées d'un humour irrésistible. Colin Dexter n'a d'autre
ambition que de nous distraire et, pour ce qui me concerne, il y
réussit plutôt bien.
Chaque roman est construit un peu de la même façon : un énoncé
souvent rapide du crime ou de l'énigme, puis entrée en scène du
couple Morse-Lewis. L'auteur fait progresser ensuite l'intrigue en
injectant de nouveaux personnages, des indices, des pistes possibles.
Il ne s'agit pas vraiment de romans de déduction et il est bien rare
que l'on puisse deviner la vérité, tant l'auteur est retors. Morse se
charge lui-même d'inventer puis d'explorer toutes les fausses pistes.
Comme il déteste le travail ordinaire de police, son esprit bat
rapidement la campagne à formuler les hypothèses les plus tordues
(quitte à plonger ensuite en pleine dépression dès que les indices
collectés par Lewis viennent les démentir). Enfin arrive le moment où
le système se stabilise et c'est toujours grâce à une intervention -
la plupart du temps hors contexte - de Lewis que l'esprit de Morse
arrive à la solution. C'est à ce moment là que le lecteur commence à
avoir une idée à peu près claire de ce qui a pu se passer. C'est à
peu près à ce moment que l'auteur nous entraîne sur la dernière
fausse piste...

Morse étant un solitaire et
un asocial, il y a peu de personnages récurrents. Le surintendant
Strange, qui est un peu plus âgé que Morse, apparaît à partir de
Portée disparue. Il est le supérieur devant faire avec le
caractère irascible mais génial de l'inspecteur principal et il
tiendra un rôle étonnant dans le roman concluant le cycle. Dans
Service funèbre nous faisons la connaissance de l'inspecteur
principal Bell qui sera, le temps de quelques romans, l'antithèse de
Morse : le flic toujours le nez dans le guidon, sans une once
d'imagination qui lui permettrait d'aller au-delà du seul visible.
Les deux hommes ne s'apprécient guère. Dans l'ensemble, Morse montre
à l'égard de ses collègues policiers une condescendance méprisante
qui met profondément mal à l'aise Lewis. Le sergent sait bien que ce
genre de flic (dont il fait lui-même partie) est tout à fait
nécessaire : 1) pour permettre à Morse de briller, 2) pour accomplir
toutes les tâches de police dont celui-ci ne veut pas se
charger.
Le légiste Max est tout aussi savoureux que Morse, sans doute l'un de
ses seuls amis. Il ne devient consistant qu'assez tardivement dans le
cycle, à peu près au moment où les enquêtes sont portées à l'écran
par la BBC. Les deux hommes ne s'entendent pas uniquement parce
qu'ils sont tous les deux portés sur la bouteille : ils n'ont ni l'un
ni l'autre une haute opinion de l'espèce humaine. Mrs Lewis et sa
passion dévorante pour les
soaps passant à la télévision est
également présente dans chaque roman. Notons enfin un dernier
personnage merveilleusement exploité par Dexter : la ville
d'Oxford... (Paris, septembre 2006)
Une jeune femme est retrouvée violée et assassinée dans le parking du
Black Prince par l'homme avec qui elle avait rendez-vous. Un
témoin ayant aperçu la victime accompagnée d'une autre femme, le soir
du meurtre, apporte les premiers éléments concrets. Lewis va bientôt
comprendre qui est l'inspecteur-principal Morse : mépris des règles
élémentaires du travail de police, pistes ne reposant que sur des
intuitions ou de curieuses déductions logiques, sans compter les
pintes avalées dans chaque pub croisé ! Bientôt, les deux hommes
disposeront de deux morts supplémentaires et d'autant d'aveux loin de
les satisfaire...
Tout n'est pas fixé dans ce premier roman mais l'essentiel de la
personnalité des deux protagonistes principaux est là. Par la suite,
Dexter accentuera le côté soupe-au-lait et radin de Morse (peut-être
pour permettre la bonification, avec le temps, de sa relation avec
Lewis). A noter qu'ici, le sergent est présenté comme étant
légèrement plus âgé que Morse alors qu'il sera plus jeune de quelques
années dans les épisodes suivants. Le plus intéressant dans ce
Dernier bus pour Woodstock est de voir détaillée, pour la
première fois, la stupéfiante logique déductive de Morse dont
lui-même à bien du mal à être convaincu de la pertinence (la
recherche de la
voiture rouge, que Dexter met en scène comme
un tour de magie). On comprend ainsi très vite la répartition des
rôles entre le sergent et l'inspecteur principal. L'énigme quant à
elle est vicieuse à souhait : mensonges, trahisons, faux
aveux...
Colin Dexter : Les enquêtes de l'Inspecteur Morse Page 2 >
Illustrations de cette page : Radcliffe
Camera • Magdalen Tower • Bus sur Woodstock Road