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K.C. Constantine

Les enquêtes de Mario Balzic (suite)

La page blanche (1974) kc constantine page blanche

Disparue depuis plus de dix jours, une jeune fille est découverte morte dans sa chambre d'étudiante, presqu'entièrement nue, étranglée avec son soutien-gorge. Personne ne semblait avoir remarqué sa disparition mais, pire, personne ne semblait avoir remarqué son existence. Une chose intrigue profondément Mario Balzic : une feuille de papier blanc posé sur le ventre de la morte. Le chef de la police de Rocksburg va devoir se frotter au milieu universitaire de la ville pour découvrir la vérité difficilement supportable du crime.

C'est une œuvre très étrange, complètement en dehors de ce que Constantine avait écrit jusqu'à présent. A la question qui lui était posée de savoir s'il portait un pseudo parce qu'il avait honte de ce qu'il écrivait, il répondit : " When I do it badly, yes. I hope nobody reads The Blank Page because I screwed up large in that one."

Le livre mérite-t-il ce reniement ? Oui, sans doute, au regard de ce qu'entend construire Constantine. La page blanche est profondément psychologique, avec tout ce que le terme peut emporter de tortueux, de torturé et de pathologique. Mais c'est l'outrance dans ce pathos - victime, meurtrier, couple Kennan et, dans une moindre mesure, toute la petite caste des professeurs de l'Université, cela fait beaucoup - qui pose sans doute problème. C'est d'autant plus dommage que le lien entre victime et meurtrier est plutôt bien trouvé (deux personnes à la vie détruite lors de l'enfance, deux personnes déjà mortes) mais il aurait sans doute été mieux exploité par une autre plume et un autre contexte.

Les indications fournies par Constantine sur le lent déclin de Rocksburg, de la richesse des mines à la pauvreté absolue des poussières restantes, sont intéressantes. La Page blanche reste toutefois une impasse créative pour le cycle, mais une impasse peut-être indispensable. Huit années vont à présent être nécessaires pour accéder à un nouveau niveau d'écriture. (Livre paru chez Actes Sud en 1992).

L'homme qui aimait les tomates tardives (1982) kc constantine l'homme qui aimait les tomates tardives

Laissant le conseil municipal et les représentants syndicaux de la police renégocier les accords salariaux, Mario se rend chez Muscotti pour noyer son amertume dans le vin. Il se retrouve mélé sans le vouloir vraiment à la disparition de Jimmy Romanelli. Balzic a bien connu l'épouse de celui-ci, Frances, quand, enfants, leurs deux pères se retrouvaient pour parler des luttes syndicales et de la mine. La femme qu'elle est devenue est désormais une étrangère, mais l'histoire qu'elle confie à Mario lui semble tristement familière...

kc constantine l'homme qui aimait les tomates mûres Rapportée par un journal local, cette histoire ferait dix lignes dans la rubrique des faits divers. Constantine prend le pari d'en écrire 200 pages, laissant parler le temps, les différents protagonistes, les souvenirs de luttes individuelles et collectives. Il retrace une tranche de vie banale, dans laquelle le lecteur peut voir émerger la violence ordinaire, la haine voisine, le mépris et l'incompréhension, l'absurde... De nombreux meurtres naissent ainsi et la violence touche principalement les proches, les intimes, les semblables, ceux que notre éducation, nos engagements nous feraient pourtant obligation de protéger. En restant collé à cette vérité, à cette évidence, Constantine écrit un livre d'une force inouïe.

L'histoire qui plombe la cité ne s'écrit pas de la même façon pour tous. La fermeture de la mine a piégé Jim Romanelli, débusquant dans son corps d'adulte silicosé l'humain jamais sorti de l'enfance, détruisant au passage l'illusion du couple qu'il formait avec Frances. Que cette dernière soit à présent obligée d'écrire sa propre histoire pour faire survivre son ménage est inconcevable, pour son père comme pour son mari. Le vieux, c'est la rouille de la vie qui coule dans ses veines de rital, et la rancœur d'être encore de ce monde qui ne ressemble à rien.

Mario Balzic n'a plus ici aucun pouvoir pour faire ou défaire les choses mais, comme le chœur antique, il peut nommer l'origine et pressentir très exactement la fin. Comme chez les tragiques grecs, le fatum accable père et fille. Elle donnera sa vie pour racheter les fautes qu'elle n'a pas commises, pour porter la vengeance dans la tanière même du monstre, pour lui parler enfin ? Lui, vieillard buté, Créon moderne, patriarche cynique, cogneur et tueur, répondra à tous par le silence de son tombeau/enfer intérieur.

Diamant de la plus belle eau ou verroterie insignifiante, le lecteur est ici seul maître de la valeur des choses. (Livre paru chez Actes Sud en 1989).

KC Constantine : les enquêtes de Mario Balzic Page 4 >

Illustration de cette page : Mineur de charbon