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Brèves de noir n° 3
[Service de Presse] Le Baiser du Tueur William Lashner (USA - 2007) aux Ed. du Rocher (2009)
Qu'y a-t-il de pire que de se faire réveiller par deux flics teigneux ? Par exemple, apprendre de leur bouche que le mari
de la dame avec qui vous venez de passer la nuit s'est fait assassiner. Et quand cette dame se révèle être votre
ancienne fiancée, cela ressemble fort à un mobile... ou à un piège.
Victor Carl est un avocat de seconde zone qui pourrait tout aussi bien être un privé de seconde zone. Il est malin mais toujours fauché, il est drôle et il se jette la tête la première dans les ennuis. Aveuglé par l'amour, le voilà piégé dans le meurtre d'un homme qui lui avait volé sa fiancé et qui, surtout, avait de bien vilaines fréquentations. Il a beau se débattre, il s'enfonce toujours un peu plus dans les sables mouvants de la culpabilité, cherchant à protéger son amour de jeunesse tout en évitant d'y laisser la vie. Car les méchants qu'il rencontre sont loin d'être des enfants de chœur et l'amour de jeunesse a pris des cours de femme fatale chez James Cain.
Le moment que l'on passe à lire ce Baiser du tueur n'est pas désagréable parce que Lashner a de l'humour et que son histoire est compliquée à souhait. Cela reste quand même pour moi du tout venant romanesque qui ne me laissera aucune trace. Peut-être est-ce dû à la lassitude de l'auteur (qui prévient en postface de la mise en sommeil du personnage de Victor Carl après sept romans, tous traduits au Rocher) ou bien à celle de votre serviteur ? A vérifier en lisant peut-être un jour ses premiers romans, Les Prévaricateurs ou Véritas dont j'ai entendu du bien.
Rilke au noir de Ken Bruen (Irlande - 1998) chez Fayard Noir (2008) 
Chouette, un gros Ken Bruen. Oh, zut, c'est deux petits collés ensemble... Et écrits gros... Bon, on va faire avec.
Dans la lignée de Hackman Blues (dont Rilke au noir reprend le thème de l'enlèvement), nouvelles variations sur deux plus ou moins potes, plus ou moins proches du gros coup foireux, une femme fatale, un personnage - au moins - totalement psychopathe et, toujours, un surprenant érudit. Ajoutez alcool, drogues, baise, trahisons, armes de gros calibre et questions existentielles puis secouez, remuez, assemblez (dans le deuxième Cassie, la femme fatale EST psychopathe ET érudite) et obtenez deux récits pêchus menés comme toujours tambour battant par Bruen.
Oui, le style est épatant, Bruen est un bon faiseur mais je prends ce Rilke au noir et ce Dernier appel à Louis MacNeice comme une poussée d'adrénaline un peu vaine quand même (sentiment déjà éprouvé en lisant les R&B). Hackman Blues et le très corrosif En effeuillant Baudelaire laissaient exsuder une haine salutaire des classes dominantes, des politiciens, des hommes d'affaires et une certaine folie cruelle qui manquent ici.