14 01 2009
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Brèves de noir n° 2

Le petit César de William R. Burnett à la Série noire (USA - 1929) note : moyen

william riley burnett L'ascension et la chute de Cesare Enrico Bandello dit Rico, soldat du crime discipliné qui se rêvait empereur, ne fut que tribun et termina sa jeune vie sur le pavé sale et humide d'une ruelle.

Le premier roman de Burnett avait fait sensation à l'époque puisque contemporain de l'ascension d'Al Capone dans le crime organisé. L'adaptation cinématographique du livre (Little Caesar de Mervyn LeRoy en 1931) avait d'ailleurs joué sur le ressemblance entre Edgar G. Robinson - qui incarnait Rico -, et le mythique chef mafieux.

Ce n'est pas pour cette raison que cet octogénaire roman garde encore à mes yeux une relative fraîcheur mais bien parce que Burnett, qui fut l'un des grands romanciers et scénaristes hollywodiens du film criminel et noir a parfaitement décrit les motivations psychologiques qui poussent Rico dans son ascension. Cet homme violent, sans scrupules, sans vices et à la discipline de fer n'a qu'un seul point faible : sa dépendance au regard d'autrui, qui le fait se consumer d'envie à devenir l'autre, l'élégant Joe Massara - qui le perdra - ou Big Boy - le vrai caïd de Chicago - qui l'oubliera.

C'est vrai que les scènes criminelles du Petit César ont été depuis longtemps dépassées dans les détails, la violence ou l'horreur. Mais le portrait psychologique de ce malfrat - s'apitoyant dans ses derniers mots de finir aussi sordidement - était, et restera longtemps encore, un modèle de profondeur.

Harjunpää et les lois de l'amour de Matti Y. Joensuu chez Gallimard (Finlande - 1985) note : moyen

Matti Yrjänä Joensuu Une simple couverture mais trop bien placée sur le corps d'une femme, morte apparemment naturellement, met la puce à l'oreille de l'inspecteur Harjunpää. Sur ce seul indice va commencer la traque frustrante d'un prédateur effrayant.

Assez du cliché des classiques polars scandinaves et de leurs flics humanistes et pleins de compassion... Non pas qu'Harjunpää en soit dénué mais là n'est pas l'essentiel. Matti Yrjänä Joensuu livre une tranche de vie cafardeuse, bourrelée d'hésitations et d'échecs, de douleurs, tant chez les victimes que chez les policiers. Ceux-ci, avec des moyens dérisoires et sous la pression de la chaine de commandement qui fera craquer Veksi, dit Bingo, miroir de la déchéance qui les guette tous, tentent de mener à bien leurs missions.

Mais la douleur et le doute aussi chez ce criminel inquiétant dont le mode opératoire et le portrait, boursouflé par la haine des autres et de soi-même, occupent une grande part du roman. Cet homme sans nom et sans visage, banal et sans morale qui n'existe que dans le mensonge et qui semble partir à la dérive après la mort de cette femme... Joensuu n'a pas un mot inutile pour décrire le gâchis dans lequel sont entraînés ces bipèdes en mal d'amour qu'on appelle humains.

Eightball boogie de Declan Burke chez Rivages (Irlande - 2003) note : moyen

Declan Burke Harry Rigby, fouille-merde dans une ville anonyme de l'Ouest irlandais, pense tenir le bon bout quand son pote Herbie l'informe de l'assassinat d'Elmeda Sheridan, la femme du politicard local. Mais pas le temps de suivre des pistes, puisque le promoteur immobilier Dave Conway lui demande aussitôt de surveiller son épouse, qu'il soupçonne d'adultère. Rigby joue de chance, qui prend le jour même des clichés de la dame en compagnie de... Tony Sheridan, tout récent veuf. A partir de là, le monde s'écroule...

Un polar dur, poisseux, violent, étouffant, aussi difficile à saisir que la scission d'une scission de l'Armée Républicaine Irlandaise, plein d'amitiés trahies, de règlements de compte et de fraternité bafouée, sur fond de corruption(s) des affaires, des flics. L'humour de Declan Burke, métaphorique et parfois abusif, permet d'encaisser à peu près tout cela. Tout juste...